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Full text of "Observations sur les affections catarrhales en général : et particulièrement sur celles connues sous les noms de rhumes de cerveau et de rhumes de poitrine"

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Deposited by the BOSTON ATHENtEUM 

IN THE LIBRARY OF THE 

25oi6ftott St^eîiical îtiBratp Sl^^otiation, 

)F THE TRUSTEES. 

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BY AUTHORITY OF THE TRUSTEES. 



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_ Librarian. 

Date. '~ "^ ^ ' *^^^' 



OBSERVATIONS 



SUR 



LES AFFECTIONS CATARRHALES. 



OBSERVATIONS 



SUR 



LES AFFECTIONS CATARRHALES 

EN GÉNÉRAL, 



ET PARTICULIÈREMENT SUR CELLES CONNUES SOUS LES 
NOMS DE RHUMES DE CERVEAU ET l)E RHUMES DE 
POITRINE; 

Par p. J. G. CABANIS, 

Docteur en Médecine, Membre du Sénat, de l'Institut national > 
de l'Ecole et Société de Médecine de Paris , de la Société 
Américaine, de celle de Médecine de Bruxelles, etc. 

Non fingendum, sedinveniendum. ■ 
Bac. 




"^r 



A PARIS, 

Chez Crapart, Caille et Ravier, Libraires, rue Pavée- 
Saint- André-des-Arcs, n° 17. . 



1807. 



/i^ 



^, 




AVERTISSEMENT. 



L'ÉCRIT suivant a pour objet de présenter 
le résultat d'une suite d'observations , com- 
mencées depuis plus de vingt-cinq ans. Je 
l'ai resserré dans le moins de pages qu'il m'a 
été possible , sachant trop , par ma propre 
expérience 5 combien la patience et le temps 
des lecteurs ont besoin d'être ménagés 3 j'ai 
seulement tâché d'être clair, ce qui me pa- 
raît encore plus indispensable que d'être 
précis. 

Cet écrit ne peut rien apprendre aux 
maîtres de l'art 3 il ne:\peut intéresser eu 
aucune manière ceux qui cherchent de sa- 
vantes théories 3 il n'est pas fait pour les 
gens du monde 3 car la lecture des livres de 
médecine-pratique leur est toujours nui- 
sible 5 soit pour eux-mêmes , soit pour les 
personnes qu'ils se jugent en droit de dro- 

I 



3 AVERTISSEMENT. 

guer à leur fantaisie : Il ne convient et ne 
peut être utile qu^aux jeunes praticiens. 
J'espère qu'en effet il pourra leur suggérer 
quelques vues pour le traitement d un genre 
de maladie qui se présente chaque jour, et 
dont en général on néglige beaucoup trop 
de prévenir les dangereuses suites. Ceux 
qui se donneront la peine d'observer atten- 
tivement la nature , retrouveront sans doute 
les mêmes choses que j'ai vues 3 car elle est 
uniforme dans sa^-marche : mais il n'est 
pas inutile de savoir d'avance ce qu'on doit 
regarder. Quand je n'aurais fait que leur 
épargner des tâtonnemens , je serais suffi- 
samment récompensé d'un faible travail ^ 
et mon but serait rempli. 



COURTES OBSERVATIONS 

SUR 

LES AFFECTIONS CATARRHALES, 

Et particulièrement sur celles qui sont 
connues sous les jiti^auk' ^is^Vt^mMES de 

CERVEAU et dt 




JLjes anciens médecins n'avaient point ignoré 
quel rôle important les affections catarrhales 
jouent parmi les maladies dont peut être attaqué 
le corps humain ; et ils avaient tracé pour leur 
traitement, des plans sages et fondés sur l'ob- 
servation. Ils s'étaient fait, il est vrai, sur ce 
qu'ils appelaient le catarrhe , des vues théori- 
ques , erronnées à plusieurs égards ; car il est 
impossible d'admettre avec eux qu'il a sa source 
dans le cerveau ; qu'il dépend d'une intempérie 
à laquelle certaines circonstances rendent ce 
viscère spécialement sujet; enfin, qu'il découle 



4 Observations 

de la caviië du crâne , pour se porter de là , sur 
diverses parties du corps plus ou moins éloi- 
gnées de cette source primitive : mais ils avaient 
observé les causes occasionnelles et détermi-* 
liantes de cette maladie , ses phénomènes ca- 
ractéristiques , sa marche , sa terminaison , ses 
résultats , avec une sagacité et une exactitude 
qui ne se trouvent guère que dans les tableaux 
tracés par ces habiles observateurs. 

A la renaissance ,^de la médecine en Europe , 
leurs dogmes furent sans doute adoptés avec 
trop peu de choix et de critique. Les savantes 
mais illusoires théories de Galien sur les hu- 
meurs , détournèrent trop long-temps les meil- 
leurs esprits , et même les plus grands admira- 
teurs d'Hippocrate , de la véritable méthode 
hippocratique ; et les écoles , au lieu de s'atta- 
cher à l'étude réfléchie du premier de tous les 
livres , du seul fidèle , de la nature , que tous 
les autres doivent avoir seulement pour but de 
nous apprendre à mieux interroger , s'affermis- 
saient d'autant plus dans leurs préjugés galé- 
niques , qu'un futile appareil d'érudition et de 
raisonnemens subtils en rendait chaque jour le 



SUR LES CATARRHES, etc. 5 

ridicule et Tabsurdité de plus en plus mécon- 
naissables à leurs yeux. Cependant , guidés par 
des observations très-sûres , quoique rapportées 
à de vaines doctrines , leurs plans de traitement 
étaient loin d'être aussi fautifs qu'on pourrait 
l'imaginer ; du moins les vices qu'on peut y 
reprendre avec raison , sont-ils étrangers à ceux 
des systèmes qui dominaient alors ; et plusieurs 
de ces mauvais théoriciens furent des prati- 
ciens sages et heureux. * 

L'habitude de fonder les vues de physiologie 
et de pratique , moins sur l'observation du corps 
vivant dans l'état de santé et de maladie , que 
sur des descriptions an atomiques le plus sou- 
vent muettes , comme le cadavre dont on les 
a tirées , et sur des idées mécaniques toujours 
séduisantes parce qu'elles sont faciles à saisir ^ 
et souvent dangereuses parce qu'on renonce 
avec peine à ce qu'on s'imagine voir et toucher 
distinctement : cette habitude , louable à d'au- 
tres égards , a fait rejeter par les modernes une 
foule de ces observations précieuses faites au- 
trefois y que la prévention les empêche d'aper-» 
cevoir ou de vouloir reconnaître dans la pra« 



6 OBSERTATIONS 

tique , mais qui frappent tous les jours de» 
yeux attentifs et libres de préjugés. Bordeu 
s'en était déjà plaint à roccasion du sujet 
même qui nous occupe ; et il crut pouvoir 
expliquer 5 par ses belles découvertes sur le 
système cellulaii-e , plusieurs faits qu'on avait 
rejetés comme faux , parce qu'ils étaient inex- 
plicables suivant ces idées étroites, où l'on 
îie sait concevoir et croire possible que ce 
dont on peut , pour ainsi dire ^ toucher au 
doigt 5 les causes et leur liaison avec les effets 
observés. 

Au reste , mon dessein n'est point ici de 
faire de grands frais d'érudition pour défendre 
les idées des anciens sur le catarrhe et sur les 
différentes espèces de pituites , quoiqu'il ne fût 
peut-être pas difficile de trouver dans les au- 
teurs les plus exacts , et quoique j'aie fait moi- 
même un assez grand nombre d'observations 
qui se rattachent bien mieux à ces idées , qu'à 
celles que la plupart des modernes ont cru 
devoir leur substituer. Mais je suis fort éloi- 
gné, je l'avoue, d'adopter des théories fondées 
sur quelques notions positives trop incomplètes , 



SUR LES CATARRHES, CtC. ^ 

et tirées de sciences que les meilleurs praticiens 
n'ont cultivées que d'une manière accessoire , 
et que le premier de tous , sans aucune com- 
paraison , le grand Hippocrate , ignorait pres- 
qu'entièrement. 

Je ne suis cependant pas moins éloigne • 
d'écarter , avec les empiriques absolus , toute 
vue théorique de la médecine-pratique : il se- 
rait même impossible de reconnaître dans les 
faits qui se présentent , l'identité ou l'analogie 
avec d'autres faits antérieurement connus , si 
l'on n'avait point su lier les derniers par des 
résultats communs, c'est-à-dire par des prin- 
cipes : mais il vaudrait mieux n'avoir absolu- 
ment aucune théorie, que d'en adopter une 
démentie par un certain nombre de faits régu- 
liers , ou du moins de ne pas s'en servir avec 
assez de réserve pour ne point méconnaître y 
dans ceux qu'on observe pour la première fois, 
les différences qui peuvent les distinguer de 
ceux auxquels on imagine devoir les rapporter. 
Ce que nous disons ici de la médecine est éga- 
lement applicable à toutes les sciences d'obser- 
vation : quand on s'attache aveuglément à ce 



8 OBSERVATIONS 

qu'on appelle souvent , avec si peu de raison , 
les principes _, on ne peut que rouler dans le 
cercle des erreurs ; et les rapides progrès qu'ont 
faits y dans ces derniers temps , plusieurs bran- 
ches de la physique , sont uniquement dus à 
ce que les meilleurs esprits parmi ceux qui les 
cultivent, soumettent chaque jour à l'expérience 
tous les principes que l'on a crus , ou que 
même on croit encore y les plus certains et les 
plus démontrés. 

Quoique les causes des différentes espèces 
de flux , et les humeurs qui en forment la 
matière , soient Lien plus différentes que ces 
espèces elle-mémes , tous les flux en général 
sont assujettis à-peu-près aux mêmes lois ; et 
par conséquent, ils sont liés par une théorie 
commune, aux yeux de l'observateur attentif. 
Cette théorie paraît avoir été enti'evue par 
Hippocrate et par quelques autres anciens 
écrivains de médecine ; mais elle n'a com- 
mencé à prendre une forme régulière qu'entre 
les mains de Stahl , qui en a rassemblé et or- 
ganisé les dogmes épars , en croyant ne tracer 
peut-être que la seule histoire des flux hémor- 



SUR LES CATARRHES, CtC. g 

rhagiques ; elle est devenue plus classique par 
les travaux de quelques médecins plus modernes, 
et notamment de Bardiez , qui , datis un bon 
mémoire sur les fluxions , a eu pour objet de 
rapporter à quelques points simples, les obser- 
vations les plus exactes faites sur cette ma- 
tière , et dont l'écrit , sans avoir peut - être 
rempli complètement cet objet, me semble 
mériter l'attention particulière des praticiens. 

Mais je ne traite point ici des fluxions en 
général ; leur domaine embrasse une foule de 
maladies absolument étrangères à celles dont 
je m'occvipe , et celles-ci même , je n'entends 
les considérer avec quelque détail, que sous 
leurs deux formes les plus simples , auxquelles 
on a plus particulièrement conservé le nom du 
genre. D'ailleurs, toute théorie quelconque ne 
doit avoir , aux yeux du médecin philosophe , 
d'autre importance que celle d'aider la mé- 
moire en liant les faits connus , et de les re- 
présenter rapidement à l'esprit pour diriger les 
raisonnemens d'induction que l'analogie sug- 
gère à l'aspect de tous les objets nouveaux. 

Ainsi donc, sans plus long préliminaire sur 



lO OBSERVATIONS 

ce sujet , passons à l'histoire des faits qui s'y 
rapportent ; car , dans tous les genres , ce sont 
toujours les faits qui doivent nous servii* de 
guides ; les idées générales théoriques en doi- 
vent être une expression abrégée , et les vues 
de traitement une conséquence directe et né- 
cessaire dans un bon ordre de déduction. 

Quelques écrivains modernes ont prétendu 
que les affections catarrhales étaient devenues 
plus fréquentes dans les derniers siècles. 
Thiery ( i ) sur-tout y dans la prévention , qui 
du reste ne lui est pas particulière , que l'es- 
pèce humaine se détériore physiquement de 
plus en plus , par les progrès même de la ci- 
vilisation y s'est efforcé d'établir que ces affec- 
tions n'étaient devenues communes que depuis 
le catarrhe épidémique et malin de i5io, dont 
Mézerai nous a laissé l'histoire , et que Vallé- 
riola rappelle en parlant de celui de iSyy. II 
est vrai qu'avant ce rhume de i5io, qui prit 
le nom de coqueluche ^ parce qu'il s'emparait 
de la tête , des épaules y du dos y des reins , 

( I ) Médecine Expérimenfale. 



SUR LES CATARRHES, etC. II 

et les couvrait comme un long coqueluchon , 
nous n'avons d'histoire régulière et complète 
d'aucune épidémie catarrhale. Il est également 
vrai qu'entre i5io et 1577, on trouve encore 
celle de 1 558 , qui fut très-funeste ; puis vien- 
nent celle de 1 58o , que Bockelins , Suau , 
médecin de Paris , et quelques autres ont dé- 
crites avec beaucoup de soin ; et celle de 1 59 1 , 
dont parle Sennert , laquelle parcourut toute 
l'Allemagne. Enfin , sans nous arrêter aux 
catarrhes épidémiques du dix-septième siècle , 
nous les voyons se rapprocher en quelque sorte 
progressivement dans le dix-huitième, depuis 
celui de 1 7 1 2 , sur lequel Camérarius a fait 
une dissertation , jusqu'à ceux qui paraissent 
avoir régné dans presque toute l'Europe pen- 
dant les dernières années du même siècle et 
les premières du dix-neuvième. Je ne nie point 
ces faits, ils sont constans : mais je ne pense 
pas qu'on puisse les attribuer aux causes que 
Thierry leur assigne ^ et je serais sur-tout bien 
éloigné d'admettre les conséquences qu'il a cru 
pouvoir en tirer. 

Comment s'étonner ait-on que les anciens ne 



12 OBSERVATIONS 

nous aient point laissé d'histoires complètes 
d'épidémies catarrliales, quand celles des autres 
épidémies le sont elles-mêmes si peu , depuis 
Hippocrate , jusqu'à la renaissance de la mé- 
decine en Europe , ou plutôt jusqu'au moment 
où l'imprimerie eut établi des communications 
promptes et régulières entre les savans des 
différens pays ? Encore même les épidémies 
d'Hippocrate n'offrent-eîles que le tableau des 
maladies qu'il avait observées dans telle ou 
telle ville, et tout au plus dans un territoire 
très-borné. On sait que de son temps, les re- 
lations de pays à pays étaient peu faciles , 
que les nouvelles parvenaient difficilement de 
l'un à l'autre , et que personne n'était assez 
au fait de ce qui se passait dans les pays même 
les plus voisins du sien, pour en tracer un ta- 
bleau général et fidèle. Les épidémies pestilen- 
tielles étaient à-peu-près les seules dont la 
terreur commune épiât soigneusement la pre- 
mière apparition , fît connaître rapidement au 
loin les dangers , et suivît avec attention la 
marche et les progrès. Je ne conclurais donc 
pas du silence des anciens sur les épidémies 



SUR LES CATARRHES, etC. IJ 

catarrîiales , qu'elles sont une maladie nouvelle ; 
et comme les causes que leur atlribue Tliiery , 
continuent d'agir avec une force toujours crois- 
sante , je suis d'autant moins porte à partager 
son opinion , que depuis le catarrhe de 1 5 1 o , 
qui était accompagné d'une fièvre maligne très- 
funeste, les épidémies catarrhales subséquentes, 
jusqu'à celles des années 5 , 4 et 5 du siècle 
dix-neuvième , paraissent avoir diminué pro- 
gressivement de danger, et dans une sorte de 
proportion analogue à celle du rapprochement 
de leurs époques respectives. Il faut pourtant 
excepter les catarrhes compliqués d'angines 
gangreneuses ; car ceux-là sont toujours graves ; 
et lorsqu'ils deviennent véritablement épidé- 
miques , ils moissonnent un grand nombre de 
malades, et laissent après eux de longs souvenirs 
de terreur. 

A ce sujet , on peut observer que la gravité 
et le danger du catarrhe sont toujours relatifs 
à la nature de la fièvre dont il est compliqué : 
ainsi ,les fièvres catarrhales épidémiques ont dû 
se conduire de la même manière que les autres 
épidémies , dont la cuit me perfectionnée, les 



ï4 OBSERVATIONS 

progrès de la civilisation , de la police des 
villes , et les habitudes de propreté, devenues 
de jour en jour plus générales , ont diminué 
successivement , et d'une manière si frappante , 
la violence et les effets. 

Mais pour revenir aux anciens , la preuve 
que les catarrhes n'étaient pas moins fréquens 
de leur temps qu'aujourd'hui, c'est qu'ils les 
ont observés et décrits avec l'attention la plus 
minutieuse; ils ont même établi entre eux des 
distinctions qui nous paraissent subtiles ; enfin , 
leurs plans de traitemens, tracés avec tant d'art 
et de soin ^ annoncent toute l'importance qu'ils 
attachaient à ce genre de maladie , et l'habitude 
où ils étaient de l'observer chaque jour. 

Pour peu qu'on soit versé dans leur lecture , 
on n'ignore pas qu'ils se sont particulièrement 
appliqués à décrire les phénomènes que pré- 
sentent , et les effets que produisent sur difïé- 
rens organes, les différentes espèces de pituites , 
qui forment , à proprement parler , la matière 
des catarrhes. Galien , dans son Traité deslieujc 
affectés, s'étend avec la complaisance d'un 
malade guéri , sur celle que Proxagoras avait 



5UR LES CATARRHES, etc. ij 

caractérisée par répilhète de vitrée , parce 
qu'elle offrait rapparence du verre fondu : il 
rapporte qu'après l'avoir observée plusieurs 
fois sur d'autres , il fut attaqué lui-même tout-» 
à- coup d'une violente douleur intestinale qui 
simulait la colique néphrétique , et que par 
l'effet d'un lavement d'huile de rhue ( i ) , il 
rendit, avec les efforts les plus douloureux, une 
masse considérable de cette pituite : il ajoute 
qu'elle produit toujours au passage un vif sen- 
timent de froid , et que les assistans , s'ils se 
hâtent d'y porter le doigt à sa sortie , en re- 
çoivent la même impression; ce qui ne permet 
pas de douter que sa température ne soit très- 
inférieure à celle du corps humain. Cette pituite 
est celle qu'un médecin moderne se félicitait 
d'avoir retrouvée; quoiqu'en effet le véritable 
réinventeur fut Diderot , auquel cette décou- 
verte avait coûté de longues et cruelles souf- 
frances. 

Enfin , sans parler des circonstances particu- 
lières ou les crachats sont salés, acides, sucrés, 
amers , etc. ; circonstances que les anciens ont 

(i) Par infusion 7 sans cloute. 



ï6 OBSERVATIONS 

reconnues avec beaucoup de sagacité, et dé- 
crites avec beaucoup d'exactitude ; ils avaient 
remarqué le caractère contagieux de certains 
catarrhes (i); et cela seul doit porter à penser 
que les catarrhes épidémiques n'étaient pas 
rares de leur temps. Car quoique les maladies 
épidémiques qui tiennent à des causes exté- 
rieures et générales ne soient pas la même 
chose que les maladies contagieuses, qui peuvent 
quelquefois être produites par les miasmes 
émanés d'un seul individu , il est sûr que les 
médecins les ont confondues très-long-temps ; 
et cette même confusion se trouve encore dans 
les écrits de quelques auteurs modernes , obser^ 
vateurs, du reste, exacts et attentifs. 

On croit assez généralement aujourd'hui que 
tous les catarrhes sont causés par la répercus- 

( I ) Ils connaissaient le catarrhe adynamique et gangreneux 
qui est très-commun dans ce moment; leur Esculape en était 
mort avant d'être divinisé : c'est du moins ce qu'on peut raison- 

A 

nablement conclure du passage de Suidas. Etre frappé de la 
foudre et l'être de la gangrène ont été plusieurs fois exprimés 
parle même mot. Au reste j peut-être, Esculape n'a-t-il jamais 
réellement existé ; mais la maladie dont on dit qu'il mourut 
était assurément connue , sur-tout des médecins. 



StrB. LES CATARRHES, etC. l 'f 

sion Subite de la transplralion , ou par l'actiort 
lenle deriiumidké, qui dérange cette excrétion 
nécessaire , en affaiblissant l'action organique 
de la peau. 11 n'y a pas de doute que la trans- 
piration répercutée ne produise plusieurs dé- 
sordres graves dans l'économie animale : il est 
également vrai que les rbumes et les fièvres 
catarrliales -se déclarent souvent à la suite d'uu 
passage brusque du cliaud au froid, sur-tout 
quand l'atmosphère froide se trouve en même 
temps chargée de vapeures humides. Il est enfin 
constant, d'après l'expérience de tous les siècles, 
que l'humidité, sur-tout l'humidité jointe au 
froid , et plus encore celle des pays ou des 
temps chauds , en dégradant toutes les fonc-^ 
tions digestives et assimilatrices , influent d'une 
manière directe sur la production des affections 
catarrhales , aussi bien que de plusieurs autres 
maladies qu'on ne regarde point comme du 
même genre. Mais cette cause n'est pas la seule 
à beaucoup près : leshémorrhoïdesirrégidières, 
différentes éruptions, les rhumatismes chroni- 
ques , etc. , peuvent être remplacés par des flux 
xnuqueux , et même par des catarrhes de la 



l8 OBSERVATIONS 

poitrine ou du cerveau : certaines habitudes de 
faiblesse et de mobilité du système nerveux se 
trouvent souvent accompagnées d'une disposi- 
tion ( catarrhale , qu'elles entretiennent , et qui , 
de son coté , contribue à rendre leur guérison 
plus difficile : enfin , presque toutes les circons- 
tances énervantes rendent les hommes , même 
les plus vigoureux , plus sujets à toute espèce 
^de rhumes ; et chez les individus plus faibles , 
elles les produisent quelquefois immédiatement. 
Ainsi y j'ai connu et traité une femme âgée 
de quarante ans , chez laquelle une petite 
dartre répercutée avait produit de violens et 
fréquens accès de fonte catarrhale. Ces accès 
commentaient par un gonflement subit de la 
membrane du nez et de l'arrière-bouche , et 
par des picotemens aigus aux points lacrymaux : 
bientôt après il s'établissait par le nez un écou- 
lement d'une humeur limpide presque corro- 
sive 5 et par les yeux de larmes brûlantes qui 
laissaient sur les joues, en les sillonnant, des 
gerçures d'un rouge vif. Elle fut guérie par 
l'usage des sucs d'herbes, des savonneux et des 
eaux de Vichy : ces moyens firent disparaître 



SUR LES 0A1»ARRHES^ CtC. ïg 

complèieraent une obstruction du foie qu'on 
avait négligée, et que je regardai comme la 
cause primitive de la dartre et de Taffection 
catarrhale, produite par sa rétrocession. 

J'ai soigné également une autre femme, âgée 
de cinquante-cinq ans , qui se trouvait dans 
des circonstances très-analogues. Une dartre 
qu'elle avait gardée assez long-temps sur la 
joue droite, disparut un jour, d'elle-même. 
Elle fut aussitôt remplacée par un vif sentiment 
de froid dans toute la mâchoire supérieure du 
.même côté ; et bientôt il s'y établit, dans rinté- 
rieur de la première grande molaire, qui était 
-cariée , un écoulement d'une eau claire et 
glaciale (i), que la malade rejetait par gor- 
gées de moment en moment. Cette excrétion , 
toujours précédée du même sentiment de froid, 
.revenait presque tous les matins, et durait une 
demi-heure ou trois-quarts d'heure. La malade 
,fut guérie par un vésicatoire que je lui fis 

( I ) J'ai sous les yeux , dans le moment même où j'e'cxis eeri- 
un autre exemple de cet e'coulemeut d'eaux glace'es, qui dis- 
iillentxde la mâchoire dans l'inte'rieur de la bouche. Ces cas ne 
sont pai rares ; ils doivent être connus de tûus les praticiens. 



20 OB S ER V A T I O ISf S 

appliquer d'abord derrière l'oreille , et ensuite 
au bras , et par l'usage prolongé des sucs 
d'herbes appelées dépurantes. Mais au bout de 
dix4iuit mois ou deux ans , elle eut l'impru- 
dence de supprimer son vésicatoire , que je lui 
proposais de changer en cautère. Bientôt après, 
elle commença à ressentir dans le bas-ventre 
une douleur sourde, ou plutôt un poids in- 
commode. C'était un squirrhe de l'ovaire droit, 
qui , avant acquis rapidement un volume con- 
sidérable , dégénéra avec la même vitesse , et 
fît périr la malade dans les plus affreuses dou- 
leurs. 

Un homme de cinquante ans venait d'éprou- 
ver un long et douloureux accès de rhumatisme 
goutteux. Après avoir gardé le lit , ou sa 
chambre pendant plusieurs mois de l'hiver , il 
s'était rétabli lentement et péniblement au re- 
tour de la belle saison ; enfin ses douleurs 
rhumatismales , après avoir attaqué successive*» 
ment différentes parties , se terminèrent par un 
rhume de cerveau, qui a duré près de deux 
ans , et à la suite duquel le rhumatisme parait 
entièrement guéri. 



SUR LES CATARRHES, etc. 31 

Un homme de mes amis , d'un tempéra- 
ment bilieux , avait été souvent incommodé 
d'une disposition liémorrhoïdale sans caractère 
distinct , et sur-tout sans accès critiques : il avait 
presque habituellement , comme il arrive sou- 
vent alors, de petites dartres assez vives, mais 
cependant fugaces; et sa constitution, originai- 
rement vigoureuse, avait été affaiblie par une 
fièvre du genre des ataxiques ou des typhus. A 
la suite de longs travaux et de vives agitations 
morales , il fut attaqué presque subitement d'un 
rhumatisme aigu, accompagné des douleurs les 
plus cruelle^ , qui ne laissaient libre aucune 
partie extérieure. Cette maladie ne se termina 
point par une résolution complète : il y eut 
une métastase qui se dirigea vers le système 
urinaire : et depuis cette époque il s'est établi 
un catarrhe chronique de la vessie , plus ou 
moins abondant , suivant le régime observé et 
l'état de l'atmosphère , mais qui diminue d'une 
manière remarquable, au retour d'un flux hé- 
morrhoïdal muqueux qui reparaît de temps en 
temps. 

Je pourrais citer beaucoup de faits analo-« 



22 OBSERVATIONS 

gues ; mais ceux-là rassemblent suffisansponf 
prouver que les catarrhes ne dépendent pas 
toujours de la même cause, et qu'outre celle 
qu'on regarde comme la seule, plusieurs cir- 
constances peuvent influer sur leur production , 
et même la déterminer immédiatement. 

Peut-être les anciens étaient-ils moins loin 
de la vérité , quand ils faisaient dépendre les 
dispositions catarrhales d'une faiblesse particu- 
lière des facultés digestives et assimilatrices , 
ou d'un défaut de cocizo/i. La pituite ^ dit Ga- 
îlen, est humide et froide; c est V aliment àm,oi'' 
tié cuit. Il ajoute qu'il ne faut point se hâter 
d'en débarrasser le corps par des évacuans , 
mais plutôt l'y retenir, pour achever de le cuire 
par l'usage des stimulans et des échaufFans ap- 
propriés. Hippocrate regardait ce qu'il appelle 
la pituite blanche , comme la matière d'une 
espèce de cachexie , due à la seule débilité des 
fonctions : c'est pour cela qu'il la désignait par 
le nom de leucophlegmatie , qu'elle a conservé 
jusqu'à ces derniers temps. Elle commence ^ 
dit-il , par le gonflem^ent pâteux de tout lé 
eorps; et si on ne la gué fit de bonne heure ^ elle 



SUR LES CATARRHES, GtC. 2J 

dégénère promptement en hjdropisie. Dans un 
autre endroit y il observe que les enrouemens 
des vieillards , les pesanteurs de tête , et les 
évacuations catarrliales auxquelles ils sont très- 
sujets y admettent rarement une complète et 
véritable coction ; car les remèdes convenables 
dans ces maladies n'agissent sur eux que très- 
imparfaitement; et la matière pituiteuse se ré- 
génère en plus grande quantité , qu elle ne 
peut-être cuite et assimilée aux humeurs vi- 
vantes. Les passages où il revient sur le mêmç 
sujet, et toujours dans le même esprit , sont 
très-nombreux , comme ne peuvent l'ignorer 
ceux qui se sont donné la peine de lire avec 
quelque attention les ouvrages de ce grand 
homme : ils le sont même trop pour qu'il fut 
convenable de les rassembler dans ce moment. 
Chez les modernes , Gedéon Harvée , qui a 
fait un ouvrage curieux sur les fraudes des mé- 
decins , et un autre plus instructif sur Vutilité 
de la méthode ejcpectante en médecine ^ re- 
marque avec raison, qu'un grand nombre de 
fièvres catarrliales , bien loin d'exiger un grand 
appareil de remèdes, ne demandent que ierepos^ 



24 OBSERVATIONS^ 

3a doitcè chaleur du lit , et un régime sévère ; 
et qu'elles se terminent d'elles-mêmes, par une 
évacuation plus ou moins abondante , maj^ 
presque toujours vraiment critique, de la poi- 
trine , du fond de la gorge , ou seulement du 
nez. 11 nie sur-tout que l'impression du froid 
ou de l'humidité soit la seule cause de ces 
fièvres. Hoffmann a décrit une fièvre catarrhale 
bénigne , dont la solution se faisait par une 
diarrhée critique et par des urines laiteuses, 
qui déposaient un sédiment rougeâtre. Il ob- 
serve aussi qu'il y a des personnes, d'ailleurs 
bien portantes , qui sont attaquées deux ou trois 
fois par an, d'une fièvre catarrhale dépuratoire, 
par laquelle la nature renouvelle en quelque 
sorte leur santé. 

D'après l'idée que tous les catarrhes sont dus 
i» des répercussions subites de la sueur ou de 
la transpiration , la plupart des médecins mo- 
dernes les ont regardés comme des maladies 
inflammatoires , ainsi que les rhumatismes, qu'ils 
rangent dans la même classe, en se fondant sur 
les mêmes motifs. Cette opinion me paraît de- 
voir être également restrein le dans les deux cas. 



SUR LES CATARRHES, CtC. 2S 

Assurément , il y a des rhumatismes , sur-tout 
parmi les aigus y qui présentent des signes in- 
flammatoires évidens y sur-tout au moment de 
leur invasion ; sans doute aussi quelques rhumes, 
sur-tout parmi ceux de poitrine, doivent être, 
à leur début, traités par la méthode qu'on ap- 
pelle antiphlogistique ou rafraîchissante : mais 
il n'y a pas de temps et de pays où les hommes 
soient plus exposés aux rhumes, que les temps 
et les pays humides , et point encore où l'em- 
ploi de cette méthode soit ordinairement aussi 
pernicieux. 

Ce que je dis ici des rhumatismes et des 
rhumes, n'est pas moins vrai des catarrhes de 
la vessie et de ceux des intestins. C'est d'après 
les effets du traitement , et non d'après des 
théories anatomiques, si souvent illusoires , qu'il 
faut juger de leur caractère. La méthode in- 
verse , qui consiste à calquer les traitemens sur 
certaines apparences qu'offrent les organes après 
la mort ( apparences qui peuvent dépendre de 
causes si variées), a toujours été , depuis qu'on 
veut fonder exclusivement la pratique sur les 
dissections , la source de beaucoup de fautes et 



^6 OBSERVATIONS 

de malheurs. Bordeu s'était déjà plaint et même 
moqué de cette habitude où sont quelques 
hommes de Fart de voir des inflammations par- 
tout où se présentent sur le cadavre ^ des injec- 
tions sanguines et dés rougeurs. Antoine Petit, 
l'un des plus grands praticiens de l'école de 
Paris y et qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir 
méconnu la réelle et véritable importance de 
Fanatomie , s'en est expliqué non moins libre- 
ment. Il est sûr que les injections sanguines 
qu'on trouve souvent après la mort, à la sur- 
face , ou dans l'intérieur de différens organes , 
sont loin de prouver toujours une inflammation 
préalable ; souvent elles sont plutôt un symptôme 
de faiblesse et d'inertie , que d'accroissement 
maladif de ton et d'action ; et lors même qu'elles 
sont la suite d'une irritation notable de la partie, 
il ne s'ensuit pas toujours , à beaucoup près , 
que cette irritation ait été vraiment inflamma- 
toire, et que le système dit antiphlogistique 
ait dû faire la base du traitement. 

Je ne me propose point d'entrer ici dans le 
détail dès considérations , beaucoup plus éten- 
dues qu'on ne le pense d'ordinaire , auxquelles 



SUR LES CATARRHES, CLC. 2^ 

donne lieu l'étude attentive des diflerens ca- 
tarrhes dont la vessie peut être affectée , et de 
ceux bien plus variés encore qui vicient les 
fonctions des intestins. Je crois pourtant devoir 
observer en passant, que dans le catarrhe de 
la vessie , sur lequel nous n'avons encore que 
des vues incomplètes de curation, on doit pres- 
que toujours y même lorsque les adoucissans 
sont clairement indiqués, leur associer les to- 
niques doux ; et que le seul moyen qui , dans 
ce cas , ait produit des effets réellement effi- 
caces , est l'emploi d'un dérivatif, qui passe 
avec fondement pour imprimer à cet organe un 
mouvement particulier et très-vif d'irritation , 
sûr-tout lorsqu'il agit sur lui d'aussi près : car 
c'est par l'application d'un large vésicatoire à 
l'intérieur des cuisses, que mon célèbre ami 
M. Boyer , dont l'exactitude et la scrupuleuse 
véracité sont si connues , a guéri chez un homme 
avancé en âge, cette maladie caractérisée par 
tous ses phénomènes et confirmée par le temps. 
J'observe aussi que la dyssenterie, qui comprend 
sous sa dénomination générique les principales 
variétés des catarrhes intestinaux ^ cède souvent^ 



^8 O B s E K VA T I O N S 

tout-à-coup et comme par enchantement, à des 
remèdes tirés de la classe des vomitifs ou des 
purgatifs héroïques , et de celle des toniques , 
et même des stimulans le plus généralement 
reconnus pour tels ; quoique d'ailleurs je 
n'ignore point qu'elle peut , dans certaines 
circonstances, exiger un traitement tout con- 
traire , même lorsque la douleur est peu vive , 
et que la nature de l'irritation semble cher- 
cher à se rendre méconnaissable aux regards 
du praticien. 

Quant aux fièvres catarrhales , j'ai déjà dit 
que leur plus ou moins de danger dépend de 
la nature de la fièvre. C'est principalement vers 
elle que l'attention doit se diriger ; et dans le 
traitement, il s'agit bien moins de combattre le 
catarrhe, que d'aller au-devant de tous les phé^ 
nomènes périlleux, propres à la maladie avec 
laquelle il se trouve compliqué. Les soins par- 
ticulière qu'il exige sont d'ailleurs si simples 
en eux-mêmes , que pour en prévoir et tracer 
toutes les indications , il suffît d'avoir bien saisi 
l'esprit de celles qui se présentent dans tout 
rhume un peu sérieux. 



âuR LES cataruhes, etc. ^q 
Je reviens donc aux rhumes proprement 
dits y dont je m'occupe ici plus spécialement. 

Quelques rhumes graves sont annoncés d'a- 
vance, par des alternatives vives et continuelles 
de frissons courant le long de l'épine du dos , 
et de chaleur générale sèche et brûlante ; un 
plus grand nombre par de légères lassitudes, 
la pesanteur de tête , et une impression habi- 
tuelle de froid ; presque tous par la pesanteur 
de tête , la crispation de la peau , une plus 
grande sensibilité au froid , particulièrement 
au froid humide , un sentiment d'embarras et 
de gonflement , soit du nez et de l'arrière- 
bouche , avec éternuemens fréquens ; soit des 
bronches et de tout le poulmon , avec toux 
vive et sèche. Quelquefois le rhume s'annonce 
ou commence par une légère douleur de gorge, 
ou par l'écoulement d'une humeur acre et tenue 
qui distille du voile du palais , de la luette , et 
de toutes les parties supérieures de l'arrière- 
bouche. Dans ce dernier cas, la toux se mani- 
feste sur-le-champ avec une impression d'âcreté 
qui se répand dans la poitrine , le long des di-^ 
visions bronchiales j et l'endiifrènement ne tarde 



ÙO OBSERVATIONS 

pas à s'établir. Dans le premier ^ Fenchifrène- 
ment et l'enabarras de la poitrine peuvent tarder 
quelque temps à paraître , et laisser croire que 
le malade n'a qu'un simple et léger mal de 
gorge : mais ils paraissent enfin , soit ensemble , 
soit successivement ; et la durée du rhume 
semble presque toujours proportionnelle à l'in- 
tervalle de temps qui sépare l'établissement 
complet , et en quelque sorte coordonné de ses 
divers symptômes. Il n'est pas rare de le voir 
commencer par un vif picotement dans les 
sinus frontaux , dans le nez , ou dans quelque 
point particulier de la poitrine : mais quelîe 
que soit la manière dont il débute , l'observa- 
teur attentif ne tarde pas à remarquer un cer- 
tain éclat humide des yeux , même lorsque le 
reste du visage est abbattu , et, si la poitrine est 
fortement prise , la rougeur circonscrite des 
joues, deux signes qui, pour l'ordinaire, ac- 
compagnent et caractérisent les dispositions et 
les affections consomptives de cet organe. 

L'enclîifrènement est suivi d'une abondante 
distillation , pour parler comme les anciens , 
d'une humeur limpide, tenue et souvent fort 



SUR LES CATARRHES, etC. F) ï 

5cre. L'engorgement du voile du palais, du 
fond de la bouche, du larynx et des bronches, 
détermine également des crachats écumeux et 
liquides , mais plus filans que l'humeur qui 
coule du nez , et que fournit la membrane dite 
pituitaire. Plus la matière de ces excrétions est 
abondante et tenue , plus elle est acre et corro- 
sive : elle Test quelquefois au point d'excorier 
non-seulement la membrane muqueuse qui la 
verse, mais aussi la peau des lèvres; comme 
les larmes , dans certain cas , entament en les 
sillonnant les paupières inférieures et la peau 
des joues. Son abondance et son degré d'âcreté 
dépendent de la nature et du degré de l'irrita- 
tion ; ils en sont l'exacte mesure. H paraît 
ïaême que cette propriété corrosive des humeurs 
sécrétées par les membranes muqueuses peut 
tenir uniquement à l'action de ces dernières , 
vicieusement augmentée, ou à leur irritation; 
puisqu'on la produit, pour ainsi dire, à volonté, 
par l'application des irritans artificiels. La ma^ 
tière des crachats , presque toujours plus mu- 
queuse et moins tenue, est aussi pour l'ordinaire 
moins acre et moins caustique ; il n'est pour- 



32 Observations 



tant pas extrêmement rare de voir la langue^ 
le palais , et le fond de la gorge excoriés , ou 
couverts d'aphtes ^ par l'impression qu'elle fait 
en suintant , ou lors de son passage ; on a même 
vu les crachats entraîner des lambeaux (i) de 
la membrane intérieure des bronches ; et l'ins- 
pection anatomique a plus d'une fois offert dans 
leurs divisions et à l'entrée du larynx , ou sur 
l'épiglote , des délabremens notables , qu'on a 
rapportés avec fondement à la même cause. 
Quant aux aphtes , qui paraissent être des pus- 
tules de la membrane muqueuse , ou des dégé- 
nérations de son tissu, ils sont si communs dans 
les rhumes, qu'il n'est pas de médecin qui n'ait 
eu cent fois l'occasion de les observer et d'en 
suivre le cours. 

Toutes les maladies aiguës qui ne sont pas 
directement mortelles , présentent dans leur 
cours , trois périodes, bien distincts : celui d'ir- 
ritation, celui de coction, et celui de crise. Les 
rhumes simples , qui ne deviennent mortels que 
par leur complication avec des fièvres dange- 

( I ) Ces lambeaux me paraissent avoir , en ge'ne'ral , le 
caractère aphteux. 



SUR LES CATAlimiES, CtC. 55 

reuses, ou par leur changement en certaines 
maladies fatales, comme la phthisie,rhydropi- 
sie , l'œdème du poumon ; les rhumes simples , 
dis-je, suivent la même marche, se divisent éga- 
lement en trois temps bien caractérisés , et se 
terminent par une crise , avec ou sans évacua- 
tion sensible , qui rétablit et quelquefois amé- 
liore Tordre antérieur des fonctions. La durée 
totale des rhumes , et la durée respective de 
leurs différens temps, ne sont point toujours les 
mêmes , à beaucoup près. Quelques rhumes 
sont si légers, que la chaleur du lit peut, du 
soir au matin , les faire passer à l'état de coc- 
tion; et qu'au bout de deux ou trois jours, le 
malade n'y pense déjà plus. D'autres fois, au 
contraire , les temps d'irritation et de coction 
se prolongent ; et la maladie , sans passer même 
à l'état de catarrhe chronique , n'est pas en-' 
core terminée au bout de plusieurs mois. Il 
arrive aussi qu'à une courte période d'irrita- 
tion, succède une coction très-lente, et des éva- 
cuations du nez, de la gorge ou de la poitrine, 
qui tantôt semblent ne pouvoir trouver de fin , 
et tantôt paraissent répondre bien mieux à la 

3 



^4 OBSERVATIONS 

rapidité du premier temps, qu'à la marclie 
tardive du second. Enfin, une longue irritation 
n'annonce point infailliblement une coction 
pénible , des crises incertaines , ou des évacua- 
tions prolongées : et l'observation nous montre 
quelquefois que le retour à la santé peut alors 
avoir lieu sans coction , comme sans évacua- 
tion sensible. 

Ces diverses circonstances , qui tiennent à 
celles de la maladie , c'est-à-dire aux causes 
qui l'ont déterminée , à la constitution de l'air , 
^ la nature de l'épidémie régnante , aux habi- 
tudes et à la disposition des individus , méritent 
d'être soigneusement pesées ; car il ne faut pas, 
dans tous les temps et chez tous les malades , 
traiter les rhumes de la même manière , même 
quand ils présenteraient ces faux caractères 
d'uniformité qui , dans tous les genres , trom- 
pent si souvent les observateurs superficiels. Il 
est d'autant plus nécessaire d'y donner une 
sérieuse attention , que les règles de conduite 
qui en résultent sont également applicables à 
beaucoup d'autres maladies aiguës et chro- 
niques , dont le cours ne peut être bien saisi, et 



SUR LES CATARRHES, ClC. 35 

dont les conversions en d'autres maladies ne 
sauraient être prévues d'avance , ou même sim- 
plement remarquées à propos, si l'on ne s'est 
fait un fidèle tableau des rapports que peuvent 
avoir entre elles les diverses périodes de la ma- 
ladie primitive , et des lois suivant lesquelles se 
font les passages d'un état du corps à un autre 
état plus ou moins différent. 

Dans les rhumes, qui font l'objet particulier 
de cet écrit, le temps d'irritation se marque 
par la ténuité et l'âcreté des humeurs qui 
suintent de la membrane muqueuse : à mesure 
que l'irritation diminue , les crachats et les mu- 
cosités du nez s'épaississent. Lorsqu'ils ont 
atteint ce degré de consistance qui demande 
un certain effort pour leur excrétion, on peut 
regarder la coction comme achevée ; et le 
rhume se termine alors quelquefois par une 
diarrhée légère , par un flux d'urines chargées 
d'un sédiment , tantôt blanchâtre et furfuracé, 
tantôt présentant l'aspect d'un nuage muqueux, 
d'où tombe au fond du vase comme une pous- 
sière briquetée ; mais plus souvent la terminai- 
son s'opère par l'évacuation de crachats tenaces, 

3. 



56 O^SERVAl'IONS 

et de mucosités du nez et des sinus , plus te- 
naces encore , et qui ne sortent que difficile- 
ment. A cette époque , les éternuemens , qui 
étaient devenus rares du moment où la coction 
avait commencé , n'existent déjà plus; la toux, 
qui d'abord avait été vive et sèche , est molle 
et grasse ; quelque direction que prenne la 
crise , la peau reprend sa souplesse ; et une 
véritable sueur , ou une transpiration plus 
abondante , annonce que l'ordre de ses fonc- 
tions est rétabli. 

On sait que dans les premiers temps des 
maladies aiguës de poitrine , désignées par le 
nom de pleurésie et de péripneumonie , les 
crachats rayés de filets sanglans sont de bon 
augure , et qu'au moment qu'ils deviennent 
rouilles (c'est-à-dire ressemblans par leur 
couleur à de la rouille de fer ) , et qu'ils sont 
facilement expectorés au milieu d'une moiteur 
halitueuse, ils annoncent la coction, la crise 
et une prompte guérison. Ces crachats rouilles 
se montrent quelquefois dans les gros rhumes, 
sur-tout lorsqu'au début ils ont été sanglans : 
mais pour rordinaire , ils sont simplement 



SUR LES G AT ARRHES, etC. 5y 

jaunâtres, ainsi que les mucosités du nez; et 
leur évacuation , pourvu quelle ne soit pas trop 
difficile, n'en termine pas moins avantageuse- 
ment la crise. Ceux qui sont blanchâtres indi- 
quent une coction pénible et lente ; ceux qui 
ressemblent à du lait caillé dont les grumeaux 
seraient liés entre eux par une mucosité tenace, 
ne laissent aucun doute sur la prolongation du 
mouvement critique; et ils annoncent l'incerti»- 
tude ou la faiblesse de son impulsion. On en 
voit un exemple frappant dans les coqueluches, 
où l'état convulsif trouble toutes les opérations 
de la nature , et retarde presque indéfiniment 
la terminaison de la maladie. Tout le monde 
sait que les crachats y présentent ce dernier 
aspect ; et les observateurs attentifs doivent 
avoir reconnu qu'ils sont d'une blancheur d'au- 
tant plus remarquable que l'état convulsif est 
plus violent. 

Dans les catarrhes invétérés, Fexpectoration, 
après avoir été long-temps blanchâtre , devient 
quelquefois plus foncée , prend un aspect 
comme sanglant , et présente une multitude de 
points briquetés répandus sur une mucosité 



58 OBSERVATIONS 

tenace, mais sans aucune apparence de coc- 
tion. Quelques médecins croient voir dans ces 
crachats des signes d'inflammation lente et se- 
crète du poumon : mais cet organe est alors 
dans un état de fonte particulière , auquel il 
faut opposer de bonne heure un sage traite- 
ment. Le régime antiphlogistique , et sur-tout 
les évacuations de sang, y précipitent la fin des 
• malades, qui périssent œdématiés. 

Quand on a Thabitude de voir et de traiter 
des plithisiques , on ne peut guère se tromper 
ni sur le caractère ni sur l'odeur de leurs cra- 
chats : l'odeur des sueurs est sur-tout remar- 
quable dans les phthisies essentielles , qu'elle 
sert particulièrement à distinguer de celles qui 
ne sont que le symptôme ou la suite de certaines 
affections stomacales , ou des obstructions du 
foie, du mésentère , etc. Dans les rhumes forts 
et prolongés , il survient souvent des crachats 
et des sueurs qui peuvent être ou n'être pas 
l'annonce d'une phthisie menaçante , mais dont 
le caractère est plus difficile à reconnaître : car 
quoique leur odeur soit peu marquée d'abord, 
ils peuvent être le premier indice d'un danger 



SUR LES CATARRHES, etC. 59 

imminent; et quelque fois 5 quoique très-suspects , 
iJs sont uniquement le résultat de la longue 
durée du catarrhe et de l' affaiblissement des 
fonctions de l'estomac et de celles du poumon. 
Dans plusieurs circonstances, le tact le plus 
exercé suifïit à peine pour garantir le médecin 
des plus graves erreurs. 

Dans toutes les maladies de poitrine , la na- 
ture et la marche des sueurs méritent la plus 
sérieuse attention : les sueurs colliquatives in- 
termittentes ont plus d'une fois, à leurs premiers 
accès , été prises pour une évacuation critique ; 
d'autres fois aussi , l'on a regardé comme éner- 
vantes et dangereuses , celles qui terminent 
chez les personnes faibles les rhumes longs et 
mal traités. En général, les sueurs nocturnes 
doivent être suspectes ; cependant , si le pouls 
conserve pendant leur durée une plénitude 
suffisante, avec la mollesse et l'ondulation sou- 
tenue qui caractérise ces mêmes sueurs , quand 
elles sont favorables; et, ce qui est bien plus 
décisif encore, si les forces se trouvent relevées 
par l'effet même de cette évacuation , on peut 
hardiment les déclarer critiques et salutaires. 



4o OBSERVATIONS 

Le Lien-être que le malade en éprouve ne 
suffirait pas pour cela : dans les maladies con- 
somptives , il les abuse d'une manière si étrange , 
qu'on a vu des médecins habitués à calculer 
sur d'autres les résultats certains des phéno- 
mènes funestes , se laisser séduire pour eux- 
mêmes par ce bien-être trompeur dont les 
sueurs des fièvres lentes sont assez fréquemment 
accompagnées. Il est de la dernière importance 
d'apprendre à bien reconnaître les cas où l'on 
doit les seconder , et ceux où l'on doit les ré- 
primer par l'emploi des moyens connus , en 
s'occupant essentiellement des forces du malade, 
qu'il s'agit alors de relever, mais en évitant 
avec soin toute nouvelle excitation. 

La nature des crachats est peut-être plus 
importante encore à bien déterminer ; et leurs 
apparences sensibles exigent , pour être appré- 
ciées avec justesse , l'examen le plus attentif et 
le plus réfléchi. Ce n'est pas seulement dans le 
passage du caractère purement catarrhal au 
caractère consomptif que leur signification , 
comme symptôme et base de diagnostic, est dif- 
ficilement évaluée avec un degré suffisant de 



SUR LES CATARRHES, elC. /^l 

certitude; dans beaucoup de cas il se présente 
des difficultés qu'un tact sûr et l'habitude 
apprennent à résoudre , mais qui ne permettent 
jamais d'y regarder superficiellement. Les pra- 
ticiens savent combien l'apparence des crachats 
est trompeuse ; leur consistance et leur couleur 
ne signifient dans le fait presque rien : Benuet 
a donné leur fétidité , sur - tout quand on les 
fait brûler sur une pelle chaude ou sur des 
charbons ardens , comme un signe infaillible; 
et cependant il n'est pas rare de voir des ma- 
lades qui, pendant dix, quinze et vingt ans , 
rejettent des crachats d'une insuportable puan- 
teur. La propriété de tomber, en tout ou en 
partie , au fond de l'eau , ne les caractérise p as 
avec plus de sûreté; je connais un homme qui, 
dupuis dix ou douze ans , rejette en assez 
grande abondance des crachats qui vont au 
fond de l'eau. 

J'ai cru pendant quelques années que les espè- 
ces de grains jaunâtres dont ils sont fréquem- 
ment parsemés étaient un symptôme décisif ; 
je l'ai trouvé encore, quoique plus rarement, 
en défaut. Il paraît que d'habiles praticiens ont 



4^ OBSERVATIONS 

confondu quelquefois ces granulations sans con^ 
sistance, avec les petits tubercules ronds que, 
dans un genre particulier de phthisie, on re- 
marque souvent au milieu des crachats. 

Ici, je crois devoir exprimer sans détour 
mon sentiment sur une opinion généralement 
reçue dans le public, et qui paraît même ne 
laisser presqu' aucun doute parmi les praticiens: 
je veux parler du caractère purulent qu'on at- 
tribue à l'expectoration dans toute pbtbisie 
confirmée. Je suis loin de partager cette opi- 
nion : on dit tous les jours , je le sais, qu'il 
n'y a pas encore ou qu'il y a du pus dans les 
crachats de tel ou tel malade ; et le pronostic 
est déterminé par le jugement qu'on adopte sur 
cette circonstance particulière. Pour moi, je 
l'avoue , il m'a presque toujours été bien dif- 
ficile de reconnaître un véritable pus dans les 
crachats des phthisiquesj j'oserais mêmeàpeine 
affirmer que j'y en aie vu quelquefois ; quoi- 
qu'assurément j'aie traité un grand nombre 
de ces malades , et à toutes les époques de la 
maladie , et que j'aie été consulté par un plus 
grand nombre encore , qu'on en croyait ou qui 



SUR LES CATARRHES, etC. 4^ 

en étaient réellement attaqués , ou enfin qui 
menaçaient de l'être dans un temps plus ou 
moins éloigné. Les vomiques renferment du pus 
véritable : celui qui prépare les cicatrices des 
blessures pénétrantes de la poitrine , et celui 
des empyèmes précédés d'inflammation^ offrent 
des caractères qui ne sont pas équivoques ; 
mais il n'en est pas de même du pus qu'on 
s'imagine y depuis Hippocrate y voir dans les 
cracliats de tous les phthisiques y et qu'on sup- 
pose toujours formé par la suppuration inflam- 
matoire des bronches et du poumon. 

Bennet avait déjà observé que dans les ca- 
davres des plitliisiques on ne trouvait souvent 
aucune trace d'ulcération y ni même d'érosion ; 
que la substance du poumon était détruite y et 
tous les rameaux des bronches affaissés et repliés 
les uns sur les autres y sans que leur membrane 
parut entamée. Dehaën, qui, depuis, a plusieurs 
fois eu l'occasion de faire la même remarque , 
en a conclu que dans certains cas la suppuration 
peut avoir lieu dans la substance du poumon , 
sans communication avec les voies aériennes, 
et le pus être résorbé par les vaisseaux sanguins , 



44 OBSERVATIONS 

dans lesquels , suivant son opinion , il roule avec 
les autres humeurs , dont il altère la masse 
comme un ferment putride. Les évacuations 
puriformés que la nature opère quelquefois 
d*elle-même dans les suppurations dorsales ou 
sciatiques , et la bouffissure , en apparence 
purulente, qu'on observe chez beaucoup de 
phthisiques , lui faisaient juger que la chose 
devait en effet se passer ainsi; mais cette 
théorie (i) ne me paraît pas admissible dans 
l'état actuel de nos lumières ; elle est d'ailleurs 
inutile à l'explication d'un phénomène que la 
prévention a pu seule empêcher de reconnaître 
et d'observer bien plus souvent. 

Quoique je ne doive énoncer qu'avec beau- 
coup de réserve une opinion qui contrarie , au 
moins en quelques points , celle de tant d'hommes 
éclairés , j'ose néanmoins y d'après les observa- 
tions les plus nombreuses et les plus attentives, 
<" 

(i) Je ne nie pas que des re'sorbtions purulentes puissent 
avoir lieu; mais la manière dont elles s'opèrent est encore trop 
mal connue ; et, d*ailleurs , elles n'ont aucun rapport avec les 
altérations des différentes humeurs produites par la consomptioù 
du poumon , et avec les scdimens puriformés que les urines 
déposent quelquefois alors. 



SUR LES CATARRHES, etC. 4^ 

avancer qu'il ny a que très-rarement du pus 
véritable clans les crachats des phthisiques , et 
que la matière qui les compose est dans le com- 
mencement la matière nutritive , pure ou mêlée 
avec d'autres humeurs qui l'altèrent ; et , dans 
les derniers temps , cette même matière mêlée 
avec la substance du poumon , que la maladie 
met dans un état de fonte (i) particulière (^sui 
generls): et j'ajoute que cette fonte ou consom- 
ption de l'organe respiratoire , présente difFérens 
aspects et différentes indications au médecin, 
suivant la nature de la cause qui l'a déterminée, 
et suivant le caractère de toutes les circons- 
tances qui peuvent influer sur sa marche et 
précipiter ou retarder son cours. Assurément 
la matière de l'expectoration n'a point toujours 
le même aspect et les mêmes qualités ; les cra- 
chats de la phthisie catarrhale ne ressemblent 
point à ceux de l'hépatique , ni ceux de la 
mésentérique à ceux de la scorbutique (2) ; 

( I ) Il en est de la fonte du poumon comme de celle du foier 
les crachats des phthisiques ne sont pas plus du pus véritable 
que la matière du flux hépatique. 

(2) Je pourrais parler aussi des crachats rares, propres à ia 



4^ OBSERVATIONS 

mais dans certains cas , dont l'œil ne distingue 
point tout seul la différence , il est facile de re- 
connaître que celle des causes et des circons- 
tances leur fait annoncer des degrés de danger, 
et demander des secours très-différens. 

Mon intention n'est point de traiter ici des 
maladies consomptives du poumon ; elles exi- 
geraient elles seules un ouvrage bien plus étendu 
que ne doit l'être ce mémoire ; et quoiqu'elles 
aient été l'objet unique ou principal d'un grand 
nombre de recherches et d'observations, je ne 
craindrai pas de dire que, malgré les travaux 
des hommes les plus éminens qui s'en sont 
occupés, elles n'ont peut-être encore été consi- 
dérées que sous une partie des points de vue 
nombreux qu'elles présentent à l'observateur. 
Mais quoique je ne veuille entamer dans ce 
moment aucune discussion à leur sujet, l'idée 
que toute consomption pulmonaire est carac- 

phthisie nerveuse , et les opposer à l'abondance extrême de 
ceux qui caracte'risent la phthisie aiguë, dont Piquer a, je 
crois , fait mention le premier ; maladie peu commune , mais 
qui l'était devenue en Angleterre, il y a vingt-cinq ou trente 
ans , et qui depuis la fia dn siècle , paraît aussi vouloir 
s'établir parmi nous. 



SUR LES CAT ARRHES, CtC, 4? 

térisée par une suppuration , produit d'un véri- 
table état inflammatoire , n'a pas seulement 
empêché de remonter aux différentes causes 
dont cette maladie peut être le résultat, et de 
la distinguer en ses différentes espèces, dont 
chacune exige un traitement particulier ; elle a 
de plus en même temps, influé sur la manière 
de considérer presque toutes les affections de 
la poitrine , notamment celles dont la plithisie 
est souvent la suite et le dernier terme ; et elle 
les a ramenées à un système de traitement in- 
signiflant et sans effet dans le plus grand nombre 
de cas , et décidément pernicieux dans quel- 
ques-uns. 

Les vues de théorie et de pratique le plus 
généralement adoptées sur les affections catar- 
rhales s'en sont particulièrement ressenties; c'est 
pour cela que sans vouloir appuyer ici mon 
opinion de toutes les raisons qui la motivent , 
j'ai cru devoir l'énoncer librement , ne dût-elle 
avoir d'autre utilité que de déterminer les pra- 
ticiens à faire des recherches plus approfondies 
sur ce sujet. J'ajoute seulement que de véri- 
tables états inflammatoii^es , distingués par leur 



48 Observations 

causes, le caractère de leur marche, le degré 
de leur intensité , peuvent occasionner et occa*- 
sionnent en effet assez souvent un genre parti- 
culier de phthisie ; et que dans les derniers 
temps de toute consomption pulmonaire, quels 
qu'aient été d'ailleurs sa cause et son caractère 
primitif, presque toute excitation y devenant 
nuisible , les remèdes les mieux appropriés 
d'abord, peuvent, à cette époque, en précipiter 
la fatale terminaison ; car malheureusement , 
pour traiter cette maladie avec un succès com- 
plet, il faut s'y prendre de bonne heure; à 
mesure qu'elle fait des progrès, les symptômes 
se compliquent , les contre-indications se mul- 
tiplient ; et quoiqu'il ne faille jamais employer 
des remèdes contraires à son génie primitif, la 
manière d'appliquer les seuls efficaces devient de 
plus en plus difficile , et la chance du succès 
de plus en plus incertaine. En un mot ( et cela 
paraît presque également vrai dans toutes les 
variétés de cette maladie redoutable ) , il vaut 
mieux s'occuper du soin de la prévenir , que se 
repaître de l'espérance, trop souvent vaine, de 
la guérir. 



SUR LES CATARRHES^ eiC. 4^ 

Qu'on me permette cependant encore quel-- 
ques observations sur la nature des crachats y 
ou plutôt sur l'apparence qu'ils offrent dans 
plusieurs maladies qui tendent, plus ou moins 
rapidement, à la consomption pulmonaire , et 
notamment dans les affections catarrhales , dont 
tout le monde convient qu'elle est fréquemment 
le résultat définitif. 

Hippocrate range parmi les crachats suspects, 
ceux qu'il appelle grandineux , ou semblables à 
des grains de grêle» Suivant ce grand observa- 
teur , ils annoncent la phthisie , et ils ont une 
tendance très-marquée à devenir purulens. Ces 
crachats , formés d'une humeur transparente 
qui se coagule , indiquent du moins un état d'ir^ 
ritation ou d'action augmentée dans les glandes 
de la trachée et des bronches, où leurs conduits 
excréteurs la versent alors en plus grande abon- 
dance. J'ai retrouvé ces crachats dans les dis- 
positions catarrhales chroniques , et dans le com- 
mencement d'une phthisie particulière , qu'on 
appelle laryngée ^ et qu'Hippocrate paraît avoir 
lui-même connue de son temps; mais je me suis 
assuré qu'ils n'annoncent pas toujours la con- 



5o OBSERVATIONS 

somption pulmonaire , ou que du moins ils 
n'en sont qu'une menace éloignée , quoiqu'ils 
méritent toujours de l'attention , et que joints à 
d'autres symptômes équivoques ils en éclairent 
l'obscurité. J'avais cru d'abord qu'ils venaient 
exclusivement des glandes trachéales , et qu'ils 
n'étaient autre chose que l'humeur bleuâtre 
dont leurs canaux paraissent habituellement 
remplis ; mais j'ai reconnu qu'ils viennent sou- 
vent des dernières ramifications des bronches , 
d'où la toux les arrache avec effort. Ils ne sont 
ordinairement que de la grosseur d'un pois, 
mais quelquefois ils ont le volume d'une noi- 
sette. Les plus petits aôectent différentes formes, 
et présentent des pointes anguleuses : les plus 
gros sont globuleux ; ils ont quelquefois ime 
queue ressemblante à celle d'une balle de pis- 
tolet qui sort de son moule ; ils ont la consis- 
tance de l'humeur vitrée de l'œil, et sont trans- 
parens comme le crystal. 

Le même Hippocrate parle de crachats 
douceâtres , amers , salés ; et il regarde ceux 
qui donnent l'une de ces impressions au ma- 
lade, comme le s a\aiit-c oureurs du crachement 



( 



FEB15Î918 , 



SUR LES CATARRHES, CtC. 5ï 

tîe pus et de la consomption. Toutes ces varlétos 
se présentent journellement dans la pratique de 
la médecine ; et l'on doit les noter avec d'autant 
plus de soin , que chacune nous met sur la voie 
de mieux reconnaître la cause de la maladie , 
et fournit des indications particulières pour le 
traitement. 

Il est difficile de ne pas croire que les cra-^ 
chats sucrés sont la matière nutritive elle-même, 
que les poumons affaiblis , incapables d'agir 
d'une manière convenable sur le sang , laissent 
transsuder dans les voies aériennes. Ce qu'il v 
a de certain, c'est qu'ils sont accompagnés d'un 
amaigrissement rapide , bientôt suivis d'autres 
crachats , symptômes de la consomption pulmo- 
naire ; et que les remèdes indiqués alors sont 
ceux qui relèvent doucement le ton des organes , 
et sur-tout celui du poumon. 

Les crachats amers caractérisent le commen- 
cement des affections de poitrine dépendantes 
de celles du foie. Aucun médecin ne peut 
ignorer que les maladies de plusieurs viscères 
du bas ventre simulent souvent celles de la poi- 
trine, ou portent leurs effets sur le poumon ^ 

4. 



9^ OBSERVATIONS 

avant même que i'organe primitivement affecté 
présente aucun signe manifeste de dérangement 
dans ses fonctions. Le foie est un de ceux qui font 
le plus souvent ressentir et partager leur état 
par les organes tliorachiques : mais quoiqu'il les 
altère eux-mêmes à la longue ;, par Faction contre 
nature que cette aifection sympathique leur 
imprime, il faut d'abord tourner toutes ses vues 
Vers la source et la véritable cause du mal ; et 
îors même que le poumon est déjà dans un état 
de consomption véritable , il est encore indis- 
pensable de prendre en grande considération 
celui du foie, dont elle n'est qu'un résultat 
secondaire. 

Quant aux crachats salés , on les observe dans 
des circonstances très-différentes , et qui même 
n'ont point de rapport entre elles ; voilà pour- 
quoi les anciens médecins en parlent si souvent. 
Leurs premiers disciples chez les modernes pa- 
raissent s'en être également occupés avec scru- 
pule ; mais peu-à-peu on a cessé de tenir compte 
de cette particularité, qui n'a plus été pour 
beaucoup d'observateurs que le fruit de l'atten- 
lion minutieuse des malades sur eux-mêmes. 



SUR LES CATARRHES, CtC. 55 

OU de leur excessive sensibilité ; car les muco- 
sités du nez et de Farrière-bouche ont toujours 
en effet , sur-tout les premières , un degré de 
salure remarquable ; et , dit-on , il est ridicule 
de compter parmi les signes de maladie une 
qualité des humeurs qu'elles ont aussi dans l'état 
de la plus parfaite santé. Mais ce n'est pas de 
cette salure naturelle qu'Hippocrate a voulu 
parler ; il entend celle dont les crachats, tirés 
de la poitrine par les efforts de la toux , donnent 
l'impression au malade , ou celle qu'on observe 
dans les humeurs qui distillent du voile du pa- 
lais ou de la voûte du fond de la gorge, et qui 
est assez vive pour v causer des excoriations 
douloureuses; celle-là peut bien, sans doute, 
être mise au nombre des dispositions patholo- 
giques , ou des symptômes qui méritent toute 
l'attention du médecin. Ces crachats salés eii- 
traînent quelquefois de petits lambeaux de la 
membrane interne des bronches; et les humeurs 
de l'arrière-bouche, qui présentent la même qua- 
lité corrosive , causent souvent à l'embouchure 
du larynx ou à l'épiglote de légères ulcérations 
qui déterminent à leur tour, lorsqu'elles ne gué- 



54 OBSERVATIONS 

rissent pas promptement , la phthisie laryngée. 
Cette circonstance et les éruptions psoriques et 
dartreuses répercutées me paraissent être les 
causes les plus ordinaires de cette maladie ; je 
crois même avoir observé que la ' salure extra- 
ordinaire des crachats et des humeurs qui dis- 
tillent dans r arrière-bouche se rencontre com- 
munément avec diverses éruptions mordantes 
de la peau , et que les excoriations qu'elles 
causent diffèrent sensiblement des aphtes , et 
présentent plutôt un aspect dartreux. 

Nous avons déjà vu que certains malades 
menacés de phthisie rejetaient dans leurs cra- 
chats des granulations blanchâtres ou. jaunâtres. 
Ces granulations ont assez peu de consistance ; 
et quand on les écrase, elles répandent une 
mauvaise odeur. Quelquefois les grains sont 
entièrement noirs , et ressemblent à de la graine 
de moutarde. Plus Fodeur qu'ils exhalent est 
mauvaise , plus le danger est imminent. Je fus , 
il y a nombre d'années , consulté pour un 
malade qui crachait journellement une quantité 
de ces grains noirs ( i ) : heureusement ils 

( î) Il ne faut pas confondre ces grains avec les stries d'un 



SUR LES CATARRHES, ClC. 55 

étalent sans odeur. Il s'est parfaitement rétabli , 
et il sert maintenant avec distinction dans nos 
brillantes armées , où l'on sait que les fatigues 
des officiers, et même des chefs, sont peu diffé- 
rentes de celles des soldats. 

Outre ces lambeaux membraneux qu'on 
trouve quelquefois répandus dans la matière 
de l'expectoration, on y remarque aussi, quoi- 
que plus rarement , de petites masses , tantôt 
charnues , tantôt sébacées , tantôt semblables 
à des grumeaux de bouillie, qui indiquent des 
altérations graves , à différens degrés , dans la 
substance même du poumon. Elles m'ont paru 
toujours accompagnées d'une couleur peu na- 
turelle du visage ; cependant elles n'annoncent 
pas toujours un pressant danger , à moins 
qu'elles ne soient parsemées de filets d'un sang 
vif et vermeil. Il n'en est pas de même des 
concrétions tophacées qui se forment dans l'in- 
térieur des bronches , ou dans le parenchyme 

bleu foncé qui sont assez souvent , sur - fout chez les femmes , 
re'pandues dans les crachats : ces stries ne sont que des filets de 
l'humeur que versent les glandes bronchiales. Morgagni a 
trouvé la même couleur à l'humeur de la prostate. 



56 OBSERVATIONS 

pulmonaire lui-même (i), et dont la salive (2), 
dans certains cas, dépose immédiatement la 
matière. Leur présence est toujours dangereuse, 
et leur sortie est presque toujours suivie de 
crachemens de sang , qui bientôt amènent un 
genre particulier de consomption. Elles sont le 
plus souvent de vrais dépôts goutteux , ou le 
produit d'une disposition des humeurs que les 
accès de goutte ont pour but de dissiper. Au 
reste , il ne faut pas confondre ces concrétions 
avec celles que rejettent fréquemment les ou- 
vriers qui battent ou manient le plâtre ; ni sur- 
tout avec ces masses pâteuses , dont le centre 
est formé d'une poussière blanchâtre , et qu'on 
observe dans les crachats des meuniers , des 
fariniers et des boulangers : cette dernière 
poussière est uniquement de la farine que la 
salive n'a pas suffisamment pénétrée pour ne 
faire du tout qu'un globule pâteux. 

Je ne m'arrêterai pas non plus aux crache- 

(i) On a vu aussi des fragmens osseux dans les crachats 
de quelques phtliisiques j mais ce cas est rare. 

(2) Ce plxe'nomène a lieu par l'augmentation relative et . 
ji-oporlionnelle de la quantité des pliosphates contenus dans 
l'^Ibumiiie tle ià, salive j et giu-tout de celui de chaux* 



SURLES CATARRHES, ClC. 5j 

mens de sang , ils demanderaient des explica- 
tions et des détails dans lesquels je ne puis 
entrer ici ; je me contenterai d'observer que , 
suivant leurs causes et leur nature , ils pré- 
sentent des degrés de danger très-difFérens , et 
que chaque genre indique un traitement parti- 
culier. On ne peut pas confondre le crache- 
ment de sang qui se guérit par les vomitifs , 
avec celui qui demande d'amples et promptes 
saignées ; ni celui qu'il faut traiter par des to- 
niques , avec celui qui ne cède qu'aux mucila- 
gineux et aux adoucissans' : il n'est pas sur-tout 
permis de ne point savoir distinguer les cra- 
chemens de sang venant de la gorge, soit scor- 
butiques , soit hémorrhoïdaux , de ceux qui 
ne sont que le résultat inerte et matériel des 
saignemens de nez. Je ne les indique ici que 
parce qu'on les observe souveijt dans les affec- 
tions catarrhales. 

Enfin , comme je n'ai pas même la préten- 
tion de suivre ces dernières maladies dans 
toutes les phases qu'elles peuvent présenter et 
dans tous les changemens qu'elles peuvent 
subir , ni sur-tout de décrire les circonstances 



^^ OBSERVATIONS 

des nouvelles maladies dans lesquelles elles 
peuvent se transformer , passons au traitement 
des rhumes proprement dits. 

Chez les personnes fortes et saines, les 
rhumes légers sont ordinairement peu dange- 
reux; ils se dissipent d'eux-mêmes , si l'estomac 
n'est pas notablement dérangé. Après une ou 
deux nuits de moiteur , il se fait une évacuation 
plus ou moins abondante de mucus des nar- 
rines et de crachats qui donnent des signes de 
coction ; et pourvu qu'on ne garde pas trop 
long-temps la chambre , qu'on fasse un exercice 
doux à l'air libre _, en évitant néanmoins l'im- 
pression du froid et de l'humidité y tout rentre 
dans l'ordre en peu de jours : quelquefois 
même on se trouve , après cette légère évacua- 
tion critique , plus alègre et plus dispos. 

Cependant le fréquent retour des plus faibles 
rhumes n'est pas sans inconvéniens , soit parce 
qu'il indique une disposition catarrhale pro- 
fonde y soit à cause des habitudes vicieuses qu'il 
peut imprimer à la constitution. Les rhumes de 
poitrine les moins dangereux dérangent tou- 
jours à quelque degré les fonctions d'un or- 



SUR LES CATARRHES, CtC. 5() 

gaiie important ; ils peuvent même en altérer 
à la longue la substance ^ et y laisser le germe 
de graves maladies. Les rhumes de cerveau, 
quoique peu menaçans par leurs effets directs , 
méritent pourtant quelque attention de la part 
du médecin ; et pour l'ordinaire il est utile et 
convenable de les prévenir , sur-tout chez les 
personnes dont les humeurs se portent habi- 
tuellement vers la tête. En attirant sur la mem- 
brane muqueuse du nez, des sinus, et, par suite, 
de r arrière-bouche , la matière des éruptions 
dartreuses , psoriques , etc. , ils y produisent 
souvent une espèce de vésicatoire dont les ef- 
fets sont incommodes , et peuvent être fort 
dangereux , en s' étendant de proche en proche 
jusqu'à l'épigiote et à l'embouchure du larynx. 
Enfin , quand il y a dans les sujets quelque 
disposition apoplectique , les rhumes de cer- 
veau , qui souvent embarrassent la tête entière , 
augmentent la tendance vicieuse de tous les 
mouvemens , qui caractérise cette disposition. 

On ne doit jamais négliger les gros rhumes ; 
ils peuvent produire immédiatement, même 
chez les personnes les plus saines , de très- 



C)Ù OBSERVATIONS 

funestes effets. L'extrême sensibilité aux impres- 
sions Ju froid , qui souvent les annonce d'a- 
vance , et qui toujours les accompagne à leur 
début, indique la concentration des niouve- 
mens à l'intérieur , et la suppression , ou du 
moins le dérangement de la transpiration in- 
sensible. La nature semble tracer elle-même 
le traitement qui convient alors : dans cette 
première époque , on doit se vêtir et se tenir 
plus cliaudement , et par une petite quantité 
de boissons tièdes , on tâcbera d'assouplir la 
peau et d'y ramener les mouvemens interver- 
tis ; mais il ne faut pas insister sur les moyens 
qui provoquent la sueur , ni sur - tout garder 
long- temps le lit ou la cb ambre loin d'un air 
libre, ou dans une atmosphère échauffée ar- 
tificiellement. Rien n'est plus énervant et ne 
dispose d'une manière plus infaillible à des 
rechutes réitérées que ces excitations factices 
à la sueur ; rien n'est plus capable de prolonger 
le rhume lui-même que la privation d'exercice 
et d'air frais. La pratique commune paraît 
fondée sur des vues toutes contraires ; mais je 
ne crains pas d'affirmer que la prolongation et 



SUR LES CATARR11ES5 elc. Cyt 

le renouvellement des maladies catarrhales 
sont très-souvent le résultat de cette pratique , 
et que ces vues sont autant d'erreurs, quant 
aux indications qu'on croit devoir en tirer. 

Il est rare que les rhumes de poitrine ou de 
cerveau soient véritablement inflammatoires ; 
ils le sont pourtant quelquefois : alors il faut 
faire promptement une saignée , et ne la réité- 
rer qu'avec beaucoup de réserve. Mais dans le 
cas où la violence du catarrhe aurait déter- 
miné une métastase rhumatismale, il faut être 
moins timide sur les évacuations de sang,, 
pourvu toutefois que l'état du pouls et celui 
des forces le permettent. Le rhumatisme ne 
se déplace pas facilement de la poitrine ; et 
pour peu qu'il y conserve du caractère inflam- 
matoire , les irritans révulsifs ou dérivatifs n'a- 
gissent sur lui, pour cet objet , d'une manière 
utile , qu'autant qu'on a , par la saignée , dé^ 
barrasse suffisamment tout l'appareil sanguin 
pulmonaire avant leur application. 

Cette. métastase du rhumatisme sur la poi- 
trine est un accident très-ordinaire et très-grave»; 
Si Ton n'y remédie pas sur-le-champ , tous les 



62 OBSERVATIONS 

moyens deviennent bientôt impuissans et su- 
perflus y et la maladie se transforme en phtlii- 
sie , en œdème du poumon , en liydropisie de 
poitrine y dont on ne peut guère alors attendre 
la guèrison , ni des efforts de la nature , ni des 
secours de l'art. 

Les jeunes gens d'une constitution délicate et 
mobile, qui ont la peau fine et transparente , 
le blanc des yeux d'un éclat de perle , les joues 
colorées , particulièrement autour de la pom- 
mette , sont sujets à des rhumes qui demandent 
une grands vigilance de la part du médecin. 
Quand ces rhumes reviennent fréquemment, 
sur-tout quand ils sont accompagnés d'un petit 
crachement de sang et d'une douleur sourde , 
soit dans tout le poumon , soit dans quelqu'un 
de ses points particuliers , ils demandent de 
petites saignées faites avec prudence , de loin 
en loin. Cette précaution , jointe à l'usage d'une 
eau gommée , suiîit ordinairement pour les 
guérir, dissiper peu à peu la disposition in- 
flammatoire , lente et cachée qui les ramène , 
et prévenir la phtliisie , dont ils sont l'annonce 
éloignée , mais malheureusement trop infaillible. 



SLR LES C A j' A RUÏI ES , CtC. (>!^ 

Tant que cette disposkioa dure , les eaux sid- 
fureuses , rexercice du cheval et les autres to- 
niques du poumon, qu'on ordonne si souvent au 
hasard y sont presque toujours nuisibles, et tou- 
jours suspects. C'est uniquement lorsqu'on a 
lieu de la regarder comme entièrement détruite , 
que ces moyens peuvent être employés d'une 
manière utile : et dans ce cas on gagne tout en 
gagnant du temps ; car le progrès seul de l'âge , 
en donnant plus de consistance à tout l'organe 
pidmonaire , le rend moins sujet aux conges- 
tions sanguines , ainsi qu'à tous les autres genres 
de fluxions. 

C'était sans doute des phthisies du genre de 
celle dont je viens de parler que Dovar guéris- 
sait par de petites saignées , répétées à des inter- 
valles de temps assez courts , et par un régime 
adoucissant et calmant. 

Quoique les rhumes de poitrine imitent quel- 
quefois la pleurésie ou la péripneumonie y et 
que ceux du cerveau soient accompagnés d'une 
vive irritation, il ne faut pas , je le répète, 
en conclure toujours que leur caractère soit 
réellement inflammatoire : l'expérience m'a 



^4 OBSERVATIONS 

convaincu qu'ils le sont dans notre climat , et 
notamment à Paris , bien plus rarement que 
ne le pensent beaucoup de médecins ; et j'ose 
même établir que le système de traitement le 
plus usité les perpétue au lieu de les guérir , 
et que bien loin d'en prévenir le retour > il y 
dispose le corps par l'augmentation de sensibi- 
lité générale, et par l'affaiblissement des fonc- 
tions de l'estomac et de l'organe extérieur, qui 
en sont l'inévitable résultat. Qu'on me pardonne 
de revenir plus d'une fois sur le même objet. : 
La sympatbie directe, reconnue par Cullen 
entre le tissu cutané et le poumon , est réelle et 
constante ; mais elle n'est pas aussi particulière 
qu'il paraît le penser. La peau ne correspond 
pas seulement avec les organes de la respira- 
tion , elle est dans un état d'équilibre bu de 
contrebalancement continuel avec toutes les 
membranes muqueuses des narines, des sinus, 
de la bouche , de l'œsophage , de l'estomac , 
des intestins , de la vessie : ces différentes par- 
ties de l'organisation vivante semblent pouvoir 
se suppléer réciproquement , jusqu'à certain 
point , dans leurs fonctions ; elles partagent 



SUR LES CA^HARRES, etc. 65 

toujours les afTectioiis les unes des autres ; et 
sur-tout il y a des rapports constans d'action 
et de réaction entre toutes les membranes mu- 
queuses et l'organe cutané. Mais ceux de l'es^ 
lomac , soit avec lui , soit avec tout l'appareil 
pulmonaire , me paraissent les plus frappans. 
Quand la transpiration se dérange , l'estomac le 
ressent , pour ainsi dire , à l'instant même ; et 
quand la digestion stomachique se fait mal, la 
transpiration ne tarde pas à marcher elle-même 
avec irrégularité , c'est-à-dire qu'elle se trans- 
forme en sueurs débilitantes , ou diminue et 
se supprime presque entièrement. D'un autre 
côté , l'organe pulmonaire a des liaisons si 
étroites avec l'estomac , que les affections qui 
lui sont spécialement propres , comme la toux , 
la difficulté de la respiration , les douleurs 
même qui paraissent avoir leur siège dans l'es- 
pace qu'il occupe , dépendent moins souvent 
peut-être de son état particulier que de celui 
des diverses fonctions que l'estomac exécute , 
et notamment de la première digestion. 

Dans presque tous les rhumes , les fonc- 
tions de l'estomac et celles de la peau sont y 

5 



66 OBSERVATIONS 

pour rordinaire , également altérées. Assez sou- 
vent, «'est la transpiration répercutée qui affai- 
blit la digestion stomachique ; mais bien plus 
souvent encore l'affaiblissement de cette der- 
nière avait déjà , d'avance et peu-à-peu , dé- 
rangé la transpiration. Si donc il est nécessaire 
dans les rhumes , de se vêtir un peu plus, de 
se tenir un peu plus chaudement; il est bien 
plus nécessaire encore d'observer à table un 
régime sévère , et d'éviter soigneusement tout 
ce qui peut augmenter l'énervation des forces 
de l'estomac. J'ai connu des personnes qui, 
d'après cette seule vue , guérissaient leurs rhu- 
mes en ne mangeant presque pas dans les pre- 
miers jours ; cela suffit en efïet pour ceux qui 
sont légers , et chez les sujets jeunes , sains , et 
qui n'ont point de disposition catarrhale invé- 
térée. Chez tous , la sobriété est d'une grande 
importance ; et sans elle , la durée des rhumes 
les plus simples peut se prolonger indéfiniment. 
Je dois pourtant observer ici que certains 
individus ont un appétit plus vif lorsqu'ils 
sont enrhumés que dans l'état de santé par- 
faite ; il paraît même qu'en mangeant plus qu'à 



SUR LES CATARRHES, etc. Gj 

roidinaire , ils digèrent pourtant bien , et que 
l'action de l'estomac est utile à la coction de 
leurs rhumes. Ces cas sont rares : ils sont ana- 
logues à ceux , où l'on voit l'action forte du 
cerveau provoquer et redoubler celle de l'esto- 
mac. J'ai connu un jeune médecin plein de 
talent , et sur-tout d'érudition , qui ne pouvait 
travailler qu'après un repas copieux. J'ai plu- 
sieurs fois entendu dire h M. Turgot , l'une 
des plus fortes têtes qui aient jamais existé, que 
le moment de la digestion était celui où il se 
sentait le plus capable d'une méditation pro- 
fonde et de tous les travaux d'esprit. Or , il 
mangeait ordinairement beaucoup. Mais cette 
distraction des forces , qu'elle ait lieu dans l'état 
de maladie ou de santé ( car il faut regarder 
l'action qui s'exerce dans un organe malade , 
comme l'emploi le plus complet de toute son 
énergie vitale), cette distraction débilite d'autant 
plus la constitution , qu'elle est plus fréquente 
et plus prolongée ; et rien sur-tout n'use plus 
vite et plus radicalement le système nerveux. 
Le jeune médecin dont je viens de parler est 
mort, à peine âgé de trente ans, le poumon 

5. 



68 OBSERVATIONS 

farci de tubercules squirrheux ; et M. Turgot , 
dans toute la vigueur de l'âge, le foie et le pou-^ 
mon remplis de calculs tophacés. Je crois de- 
voir observer encore que les personnes cbez 
lesquelles plusieurs organes internes essentiels 
s'excitent ainsi mutuellement, et entrent simul- 
tanément en action , ont besoin d'un plus grand 
exercice musculaire , pour diminuer feffet de 
ces vicieuses sympathies , et pour ramener im- 
médiatement à l'extérieur une partie des forces 
qui se concentrent dans l'organe le moins exci- 
té : car c'est d'abord sur lui qu'agit la révul- 
sion. Or y l'action de cet organe étant directe- 
ment affaiblie par là , il s'ensuit bientôt que 
ceux qui sont plus fortement excités perdent 
indirectement toute la partie de leur action 
qui n'est que sympathique ; et l'ordre naturel , 
ou l'équilibre des fonctions, se rétablit alors de 
lui-même , par degrés. 

Quand le dérangement de fesiomac, qui 
accompagne le rhume de poitrine ou de cer- 
veau, n'est caractérisé que par le dégoût des 
alimens , et qu'il n'y a point lieu de penser que 
des restes de mauvaises digestions , des glaires 



SUR. LES C A T A n II II E S , ClC. 6(J 

tenaces, ou des matières bilieuses importunent 
et fatiguent ce viscère , quelques grains d'ipé- 
cacuanha , ou quelques tasses d'eau légère- 
ment émétisée , données à distances convena- 
bles , suffisent , en provoquant deux ou trois 
efforts de vomissement , pour ranimer la trans- 
piration ; ou même , en excitant une douce 
sueur , pour emporter le rhume comme d'em- 
blée; et quelques doses de thériaque, prises le 
soir en se couchant , en préviennent le retour. 
Mais si des matières étrangères surchargent 
l'estomac, s'il est sur-tout englué de glaires 
catarrhales, on est obligé de recourir à des vo- 
mitifs plus forts, et souvent même de les réitérer. 
En général , les vomitifs sont plus utiles que les 
purgatifs dans les affections des membranes 
muqueuses ; ils le sont particulièrement , malgré 
*le3 théories boerrhaaviennes, dans les catarrhes 
du nez , de la gorge et du poumon ( i ) : les pur- 
gatifs, au contraire, y sont presque toujours plus 
ou moins nuisibles , ainsi que les iavemens : car 

(i) C'est Bordeu le père, et non Stoll, comme on le croit 
généralement, qui a le premier donné les vomiti£s dans les es- 
quinancies et dans les maladies aîguës^ du poumon. 



7^ OBSERVATIONS 

les uns et les autres ont rinconvénient grave de 
rappeler les mouvemens vers Tintérieur , et 
par œnséquent , de déranger l'action de l'or- 
gane cutané , dont les sympathies étendues avec 
l'estomac et les intestins altèrent de plus en 
plus alors toutes les fonctions digestives. On 
remarque aussi qu'ils arrêtent ou troublent les 
codions critiques. C'est peut-être par leur ac- 
tion révulsive vers les organes internes , qu'ils 
sont si rarement utiles dans le traitement, des 
maladies hypocondriaques et vaporeuses. En 
effet j ces maladies dépendent, ou du moins sont 
presque toujours accompagnées , de concentra- 
tions sur différens viscères du bas-ventre ; or , 
les purgatifs , outre l'énervation qu'ils laissent 
après eux , augmentent cette direction non na- 
turelle des mouvemens , et aggravent le senti- 
timent d'angoisse et le désespoir dont les mal- 
heureux malades sont dans ce cas habituelle- 
ment accablés. 

Au reste , quand on est obligé de purger 
dans les affections catarrhales , il vaut mieux le 
faire avec l'eau émétisée , le kermès ou l'ipéca- 
cuanha j donnés à petites doses: car, de tous les 



SUR LES CATARRHES, CtC. 7I 

remèdes qui peuvent évacuer par bas , les vo- 
mitifs , et sur-tout les anlimouiaux , employés 
de manière à produire ce effet, sont ceux 
qui débilitent le moins tout ce système : ils sont 
aussi en même temps ceux qui dérangent le 
moins la transpiration , par la faculté qu'ils 
conservent encore alors , quoiqu'à un degré plus 
faible, de reporter les mouvemens à l'extérieur. 

Aussitôt qu'on est assuré que l'estomac et les 
intestins sont libres de toute matière corrom- 
pue , il faut donner des toniques. Ce temps 
vient ordinairement beaucoup plutôt qu'on ne 
pourrait le penser ; il arrive même assez souvent 
que les signes d'embarras dans l'estomac et dans 
tout le tube alimentaire disparaissent sans éva- 
cuation sensible, et que le régime nettoie la 
langue plus utilement que ne l'eussent fait les 
purgatifs. 

Quant aux toniques généraux , les mieux ap- 
propriés sont le quinquina , la thériaque et les 
baumes. Le soufre et ses préparations naturelles, 
ou artificielles , toniques directs du poumon ^ 
conviennent mieux ordinairement dans les ma- 
ladies chroniques de cet organe ; et l'on n'a 



7^ OBSERVATIONS 

guère besoin de les employer à la suite des 
rhumes, que lorsqu'il est resté dans un état 
d'affaiblissement et d excessive sensibilité. 

Le premier de tous ces remèdes dans le trai- 
tement des affections catarrliales est sans doute 
le quinquina ; mais quand on ne l'a pas donné 
tout de suite 5 il faut attendre , pour le mettre 
en usage, que les crachats présentent quelques 
signes de coction. J'ai connu pourtant un homme 
qui l'administrait indistinctement dans tous les 
rhumes et à toutes leurs époques. Ce n'était 
point un médecin en titre ; mais ses grandes 
lumières comme physicien ne lui permettaient 
pas d'ignorer les lois et le jeu de l'économie 
animale , dont il avait appris ce qui pouvait être 
utile à la direction de sa propre santé : c'était 
Eranldin. Je dois k la vérité de déclarer que je 
l'ai vu traiter ainsi toutes les personnes de sa 
famille et plusieurs de ses amis , et les guérir 
constamment en peu de jours. Cependant j'ai 
trouvé dans une pratique plus étendue, que 
l'emploi du quinquina demandait souvent beau^- 
coup de précautions ; qu'il n'était utile chez un 
assez grand non^bre de sujets quç moyennant 



SUR LES CATARRHES, elC. y3 

des modificalions de diîïei ens genres ; et qu'en- 
fin y dans certains cas , il était absolument contre- 
indiqué. Chez les personnes sujettes à des con- 
centrations intestinales , il est souvent suspect, 
et doit être associé à des opiatiques : dans ces 
circonstances, la^^thériaque réussit mieux. Lors- 
qu'il y a des obstructions au mésentère , au 
foie , et des dispositions bilieuses habituelles , 
les baumes , associés aux gommes fétides et à 
de petites doses d'extrait de pavot , sont pré- 
férables au quinquina : quelquefois même 
alors il produit de très - mauvais effets. Ainsi 
donc, quoique ce remède ne soit guère moins 
précieux dans le traitement des affections 
catarrhales que dans celui des fièvres inter- 
mittentes et de toutes les autres maladies pé- 
riodiques, il faut des mains habiles et légères 
pour le manier avec succès; et il doit toujours 
être employé méthodiquement , et non d'une 
manière empirique ; mais j'affirme en même 
temps que lorsque nulle considération de la 
nature de celles dont je viens de parler ne le 
contre-indique, et lorsque l'estomac et les intestins 
sont bien nettoyés, il emporte presque loujours. 



74 OBSEE.VATIONS 

comme par enchantement ( i ) , les rhumes les 
plus opiniâtres, dont il ne reste, après son usage , 
qu'un léger enrouement qui se dissipe bientôt de 
lui-même. 

Le bon effet du quinquina et de tous les 
autres toniques directs doit être souvent pré- 
paré par de petites doses dipécacuanha , qui 
stimulent tout le canal alimentaire, et le débar- 
rassent des matières corrompues ou nuisibles 
qu'il peut contenir. Chez les personnes délicates 
et mobiles, l'extrait dépouillé de sa résine, dit 
ipécacuanha corrigé d' Helvétius ^ est préférable 
à l'ipécacuanha en nature: il est moins sujet à 
pincer l'estomac et les intestins. 

Je dois ajouter ici que les premières doses de 
quinquina purgent assez souvent : alors il pré- 
pare lui-même et assure l'utilité sans mélange de 
son action ; il faut en donner deux scrupules ou 

( I ) Il est vraisemblable que les plithisîes dans lesquelles 
Morton et plusieurs autres médecins illustres ont obtenu de 
si grands effets du quinquina , étaient du genre des catar- 
rhales, des scropbuleuses , ou dépendantes de la simple dé- 
bilité du poumon , et qu'elles étaient peu avancées : car dansle 
dernier période de cette maladie, il est presque toujours nuisible. 



SUR LES CATARRHES, etC. J^ 

un gros plusieurs fois dans la journée : à dose 
plus faible, il agit plutôt comme excitant que 
comme tonique. C'est une particularité de ce 
puissant remède , qui pourtant ne lui est pas 
exclusivement propre, d'exciter les mouvemens 
à dose faible, et de les fixer, de les régler à dose 
plus forte. Pendant son usage, il faut garder 
un régime sévère, et faire de l'exercice. C'est 
encore une chose remarquée par les meilleurs 
observateurs, que le quinquina, dans toutes les 
circonstances auxquelles il est approprié, produit 
des effets d'autant plus sûrs , qu'un exercice 
modéré seconde son action : car , alors , bien 
loin de concentrer les mouvemens à l'intérieur 
(ce qu'il peut faire quelquefois lorsque cette 
direction leur est antérieurement imprimée), il 
les distribue d'une manière plus égale, les rend 
critiques, et produit souvent des évacuations 
par les sueurs, les urines ou les selles^ qui 
complètent et constatent ses utiles effets. 

On sait combien sont étendues les sympathies 
qui unissent la poitrine et tout l'appareil uri- 
naire, y compris les organes de la génération 
liés avec lui par des rapports bien plus impor- 



7^ OBSEPlVATIONS 

tans que ceux du voisinage. C'est peut-être parce 
que les balsamiques exercent une influence par- 
ticulière sur les reins et sur la vessie, qu'ils pro- 
duisent indirectement des effets si marqués sur 
le poumon. Dans plusieurs maladies de la poi- 
trine ils sont d'une efficacité et d'une utilité re- 
marquables : ils exigent seulement dans leur 
administration beaucoup de prudence et de sa- 
gacité; car ils deviennent toujours nuisibles dans 
les états inflammatoires , et presque toujours 
dans les derniers temps des consomptions idiopa- 
tliiques. Il est certain qu'à différentes époques 
de la médecine on les a trop indiscrètement 
employés ; les auteurs n'ont pas distingué assez 
nettement les cas où leur utilité est incontes- 
table, de ceux où ils doivent nuire d'autant plus 
qu'ils ont produit des effets plus avantageux dans 
les premiers. Leur utilité se manifeste particu- 
lièrement dans les affections catarrhales dépen- 
dantes de la faiblesse du poumon , dans les 
rliumes prolongés , dans ceux qui tiennent à 
l'imperfection de la digestion stomachique , à 
l'irrégularité des fonctions de l'organe extérieiu' j 
en un mot, toutes les fois qu'il s'agit de relever 



SUR LES CATARRHES , etc. 77 

le ton général , et sur-tout celui de l'organe 
pulmonaire, vers lequel ils ne manquent jamais 
cle diriger leur action. Je les combine avec les 
savonneux , à la manière de Boerrhaave , avec 
la gomme ammoniaque ( i ), avec l'extrait aqueux 
d'opium. Je n'ai jamais eu l'occasion d'observer 
les heureux effets qu'on attribue à leur combi- 
naison avec le soufre ; et j'avoue franchement 
que les guérisons de phthisies à leur dernier 
terme , opérées , dit-on , par le baume de Lu- 
catel y ne me sont pas moins suspectes que 
celles dont on fait honneur à Fantihectique de 
Potérius. 

Mais le soufre lui-même, épuré par la subli- 
mation , et privé par le lavage de tout reste 
d'acide , est un des plus grands remèdes qui 
puissent être employés dans le traitement des 
maladies de poitrine. Est-ce en stimulant sans 
irritation l'estomac et les intestins, et en au- 
gmentant la transpiration cutanée ; est-ce par 
une action directe sur l'organe pulmonaire , qu'il 

(i) Quand on ne peut pas se procurer du ve'ritable baume 
de la Mecque, devenu très-rare, il faut employer le baume 
sec du Pe'rou. 



7^ OBSERVATIONS 

]e fortifie, et lui imprime un sentiment, pour 
ainsi dire immédiat , de plus grande aisance ? 
11 est peu nécessaire de se décider en faveur de 
lune de ces deux opinions, où de toute autre 
que la théorie pourrait suggérer. Mais quoi 
qu'il en soit de la cause ou du moyen, les effets 
sont constans ; et je ne balance pas à regarder 
le soufre comme le tonique spécial du poumon. 
Ce qui me ferait penser qu'il agit sur lui d'une 
manière directe , c'est qu'employé en fumiga- 
tions, il m'a paru conserver presque toute son 
efficacité. Je le fais fondre sans inflammation, 
et le malade en respire la vapeur. Le vase de 
fer qui le contient doit être d'autant moins 
échauffé que la sensibilité du poumon est plus 
grande. J'emploie aussi de la même manière les 
baumes naturels, et de préférence le benjoin. 
"On les fait fondre de la même manière sur une 
pelle chauffée médiocrement : avec cette pré- 
caution l'odeur en est agréable, et n'irrite point 
la gorge. On renouvelle l'opération de temps 
en temps ; et le malade peut , autant que le 
médecin le juge à propos, vivre dans une atmo- 
sphère parfumée de cette bienfaisante vapeur. 



SUR LES CATARRHES, ClC. 79 

ComLiné avec riiyclrogènc, le soufre est en- 
traîné par ce gaz dans une transformation en 
fluide élastique aërien ; et , sous cette forme , il 
se mêle facilement à l'eau. Les eaux hydrosulfu- 
rées, naturelles ou artificielles, manifestent une 
partie des propriétés du soufre : elles raniment 
les fonctions de l'organe cutané ; les sels que 
tiennent en dissolution celles que prépare la 
nature, augmentent leur action sur tout le sys- 
tème abdominal ; et la petite quantité de fer 
que quelques-unes contiennent en outre , rend 
leurs effets toniques plus durables et plus mar- 
qués ; mais c'est dans les dispositions catarrhales 
tîhroniques, et dans l'état habituel de faiblesse 
du poumon , soit idiopathique , soit secondaire 
et dépendant de celui des yiscères du bas- 
ventre, qu'elles fournissent les plus puissans et 
les plus utiles secours. 

On abuse étrangement aujourd'hui de l'opium, 
dans plusieurs parties de l'Europe , pour le trai- 
tement d'une grande quantité de maladies. Un 
système qui les ramène toutes à deu^î chefs , 
dont les caractères sont ou paraissent si faciles à 
saisir, ne pouvait manquer, indépendamment 



So OBSERVATIONS 

de ses vices fondamentaux comme théorie , d'in- 
troduire dans la pratique les plus funestes abus, 
en dispensant les médecins de presque toute 
observation (i). Mais il ne faut pas faire rejaillir 
sur ce remède le blâme mérité par quelques-uns 
de ceux qui l'emploient. L'opium est assuré- 
ment un des plus efficaces et des plus utiles 
moyens que la nature ait fournis à la médecine : 
on produit par lui des effets qu'on ne pourrait 
obtenir d'aucune autre manière. Il est particu- 
lièrement utile dans les catarrhes aigus ou chro- 
niques ; mais il a besoin d'être employé par un 
médecin prudent. Sydemham lui-même y fut 
trompé dans le traitement d'une fièvre catar- 
rhale : cet immortel praticien avoue y avec sa 
candeur ordinaire , qu'il le donna trop tôt , ainsi 
que les toniques excitans auxquels il l'associait 

(i) Tant que les praticiens observent attentivement , il im- 
porte peu qu'ils adoptent tel ou tel système. Tous les systèmes 
ont eu de bons praticiens ; mais ceux qui favorisent la paresse ^ 
trop naturelle à l'homme y et qui nourrissent cette pre'somption 
opiniâtre j que les ide'es générales, faciles à saisir, inspirent 
toujours à leurs adeptes; ceux-là sont très-dangereux , sur-tout 
dans un art qui ne se perfectionne que par l'étude attentive ; et 
reprise cent fois, d'une foule d'objets particuliers. 



SUR LES C A T A R R H E S , etC. 8 I 

orclmairement dans les cas analogues , avec 
beaucoup de jugement et de tact. 

Peut-être cette heureuse association est-elle 
la véritable cause des étonnantes propriétés de la 
thériaque, qui, dans plusieurs maladies de la poi- 
trine , et dans un plus grand nombre encore de 
maladies de l'estomac, ne peut être remplacée 
par aucun autre remède. En voyant la liste des 
drogues qui entrent dans la composition et la 
préparation sans méthode de ce remède , on 
ne peut que sourire de l'ignorance pharmaceu- 
tique qu'il suppose dans son premier auteur; et 
la théorie seule nous inspirerait pour son em- 
ploi le dédain le plus juste en apparence ; mais 
au lit des malades, on ne tarde pas à changer 
d'opinion ; et l'on est bien plus étonné des effets, 
véritablement admirables , que peuvent lui faire 
produire des mains habiles et expérimentées. 

La thériaque est particulièrement utile à la 
fin des rhumes , quand l'appétit ne se réveille 
point , et que le sommeil est troublé par la toux; 
elle convient également toutes les fois que la 
durée des évacuations catarrhales tient à l'im- 
perfection de la digestion stomachique, et qu'il 

6 



S^ OBSERVATIONS 

s'agit tout ensemble d'achever la coction des 
crachats , d'en diminuer la quantité y et de ra- 
nimer la transpiration insensible. 

Nous avons dit que les rhumes légers se 
guérissent ordinairement d'eux-mêmes, et qu'ils 
n'exigent que quelques petites précautions et 
beaucoup de sobriété. Quoique je sois très- 
éloigné de partager l'opinion des médecins qui 
regardent le vin comme une espèce de poison, 
j'ai constaté , par une suite nombreuse d'obser- 
vations, qu'il est presque toujours nuisible dans 
les rhumes ; les vins acides y produisent sur- 
tout de mauvais effets. Il est vraisemblable que 
c'est en augmentant la disposition à ce qu'on 
appelle les aigreurs y qui se manifeste alors dans 
l'estomac après les repas les moins copieux. 
Quand l'habitude a rendu le vin nécessaire à la 
digestion , il faut dans les rhumes préférer les 
vins amers ou sucrés, ou ceux qui contiennent 
beaucoup de parties extractives et d'esprit , sauf 
à les étendre les uns et les autres dans la quan- 
tité d'eau qu'ils peuvent exiger pour ne pas agir 
trop vivement sur le système nerveux. 

Les rhumes violens méritent toujours de Fat-» 



SUR LES CATARRIITÎS 5 etc. 83 

iention , particulièrenieiit chez les personnes 
dont la poitrine est faible, qui digèrent im- 
parfaitement, ou qui sont sujettes à des ré- 
percussions subites de la transpiration , à des 
engorgemens des glandes , à des douleurs rhu- 
matismales et goutteuses. Chez les vieillards ils 
sont presque toujours graves , ou du moins me- 
naçans : la moitié peut-être des personnes qui 
parviennent à un grand âge périssent de ca- 
tarrhes opiniâtres ou négligés. 

Le rhume aune odeur particulière, très-facile 
à reconnaître quand on l'a remarquée une fois, 
mais qu'il n'est pas plus possible de décrire que 
toute autre sensation directe. Dans les rhumes 
légers elle est faible ; elle est forte dans ceux 
qui sont violens. Les rhumes violens sont pres- 
que toujours contagieux ; ils paraissent l'être 
d'autant plus que leur odeur est plus vive et 
plus marquée. Je n'ignore pas qu'on refuse en 
général d'admettre le caractère contagieux des 
rhumes , mais une multitude d'observations ne 
me laissent aucun doute à ce sujet (i). 

Au reste, la dyssenterie, qui n'est elle-même 

(i) M. Chavassieu d'Audebert; (jui a publié l'année dernière 

6. 



S4 OBSERVATIONS 

qu'une afTectlon catarrhale des intestins, se pro^ 
page bien certainement par la contagion ; quand 
l'irritation se trouve portée à ui| certain degré y 
il suffit pour la contracter immédiatement , de 
sentir de près l'odeur des déjections du malade; 
et j'observe que dans cette odeur, lorsque le 
faible degré du mal permet qu'on la puisse 
étudier assez attentivement, on retrouve, au 
milieu de plusieurs autres odeurs qui la com- 
pliquent , celle du rliume , ou de l'affection ca- 
larrliale de la membrane muqueuse du nez, de 
la gorge, etc. ; et j'ajoute que j'ai fait la même 
remarque sur les urines des personnes attaquées 
de catarrbes de la vessie ; j'ai cru y reconnaître 
distinctement , à travers leur impression ammo- 
niacale , cette même odeur particulière , dont 
l'examen soigneux des rhumes m'avait donné la 
première notion. Tout me porte même à penser 
que les maladies contagieuses développent cette 
propriété , par le moyen de particules odorantes 
exhalées du foyer , et qui remplissent autour de 
lui l'atmosphère , mais à des distances beaucoup 

un bon écrit sur les effets de l'iiiimidite'; paraît être dans la 
roêiue persuasion. 



SUR LES CATARRHES, etC. 8 *» 

plus petites qu'on ne le croit communément ; 
et ce qu'il y a de singulier , c'est que ces odeurs 
ne sont pas toujours très-désagréables , ou que 
du moins leur puanteur n'est aucunement pro- 
portionnelle à leur danger. 

Ce n'est pas seulement l'haleine des malades , 
ce sont aussi les humeurs évacuées par les cra- 
chats y OU celles du nez qu'entraînent les éter- 
nuemens , qui font sur l'odorat une impression 
particulière ; mais cette dernière impression 
n'est pas la même que celle de l'haleine. Plus 
le rhume est violent , plus les humeurs sécré- 
tées sont abondantes , acres et tenues ; leur 
odeur est alors si remarquable, qu'elle frappe le 
malade lui-même. Si l'on présente au feu les 
linges qu'elles ont imbibés , il s'en exliale une 
vapeur comme sulfureuse , dont ils conservent 
encore la trace , même lorsqu'ils sont entière- 
ment secs. J'ai connu des mdividus très-sujets 
aux rhumes , qui avaient appris à leurs dépens 
à distinguer ces odeurs , et qui fuyaient par 
instinct ceux qui leur en faisaient éprouver la 
plus fugitive impression. J'ai connu entre autres 
une femme d'une sensibilité très-vive , à qui le 



36 OBSERVATIONS 

voisinage d'une personne enrhumée communi-' 
cjuait aussitôt un léger sentiment de froid. 

Nous avons déjà dit que la saignée est moins 
souvent qu'on ne le pense nécessaire dans les 
affections catarrhales ; or , elle y est toujours 
nuisible lorsqu'elle n'y est pas nécessaire. Quand 
on croit devoir en faire usage, il faut l'employer 
aa début et sans délai; mais soit qu'on l'ait jugée 
convenable, soit qu'on ait rejeté ses indications^ 
si fréquemment équivoques alors , les vues du 
médecin, passé les premiers temps, doivent se 
tourner d'un autre côté. 

On est en général très-occupé de diminuer 
Tâcreté de la pituite , l'ii^ritation de la toux ( i ) , 
les picotemens de la gorge ; et , pour cet objet, 
on prodigue les locks huileux et mucilagineux^ 
les sucs de fruits doux épaissis , et les pâtes 
amylacées ; mais tous ces moyens ont l'incon- 

(i) La violence de la toux est , à la vérité' , quelquefois si 
grande , que la rupture des vaisseaux de la tête paraît inévi- 
table; et l'âcreté de la pituite excite de si vives convulsions 
dans le larynx et dans tout le poumon, que les malades sem- 
blent près de périr suffoque's. J'en ai vu qui se levaient tout-à- 
coup sur leur séant , et qui même s'élançaient de leur lit, pour 
chercber à retrouver debout la respiration qui leur échappait. 



SUR LES CATARRHES, etc. S') 

vonient grave d'engluer et de fatiguer l'estomac, 
d'augmenter les aigreurs auxquelles il est alors 
si disposé; en un mot, leur usage, ainsi que 
celui des boissons adoucissantes, dont on 
abuse avec tant d'indiscrétion, ne m'a guère 
paru avoir d'autre effet que celui de retarder 
la coction des rhumes, et quelquefois de les 
renouveler: car je ne crains point d'assurer, 
contre l'opinion commune , que les boissons 
abondantes et tièdes sont toujours nuisibles dans 
les aifections catarrliales , à moins qu'elles ne 
soient inipérieusement exigées comme stimu- 
lant ou véhicule d'une sueur halitueuse et cri- 
tique , que l'on croit devoir soutenir pendant 
quelque temps. 

Mais un remède presque toujours utile , et sur 
lequel on est souvent obligé d'insister, ce sont 
les vomitifs. Dans les affections catarrliales opi- 
niâtres , on y revient plusieurs fois avec succès. 
La coqueluche , qui est un catarrhe stomacal et 
convulsif , exige ordinairement leur répétition , 
à dose convenable pour produire le vomisse- 
ment , et leur continuation pendant les inter- 
valles , à la faible dose qui suffit pour exciter la 



88 OBSERVATIONS 

nausée. Les vomitifs, les opiatiques^les toniques,' 
composent le traitement de la coqueluche ; les 
incisifs les plus puissans^ employés en Angleterre 
et en Allemagne^ ne m'ont jamais paru néces- 
saires dans notre climat de Paris et de ses envi- 
rons. Quoique des hommes dignes de confiance 
aient préconisé les grands effets des canth arides 
pour le traitement des coqueluches rebelles, je 
n'ai jamais osé , je l'avoue, en faire usage dans 
une maladie où prédomine le caractère con- 
vulsif. Les vésicatoires y conviennent quelque- 
fois , mais c'est moins comme évacuans que par 
la propriété dont ils jouissent quand ils sont 
employés avec sagacité, de déplacer les spasmes, 
en établissant dans le système de nouveaux 
points d'irritation et de nouvelles directions de 
mou ve mens (i). 

Mais l'affection catarrhale dans laquelle les 
vésicatoires produisent les effets les plus prompts 
et les plus sûrs , est celle qui porte sur la gorge , 
soit que le larynx, ou le pharynx, ou tous les 

(i) Dans le catarrhe stomachal , des médecins dislingue's 
disent avoir employé' avec beaucoup de succès l'eau de chaux ;, 
je n'en ai jamais fait usage dans ce cas. 



SUR LES CATARRHES, etc. 8g 

deux à-la-fois , y soient intéressés ; c'est en un 
mot dans l'angine catarrhale. Dans l'angine in- 
flaiîimatoirej l'application desrubéfians externes 
n'est utile que lorsqu'on l'a fait précéder par les 
saignées convenables ; mais cette espèce est bien 
moins commune que ne le pensent beaucoup de 
personnes, qui prennent l'irritation et la rougeur 
du fond de la gorge pour des signes toujours 
certains d'inflammation. Le fait est qu'on guérit 
bien plus d'angines par les vomitifs qu e par les 
saignées , dont l'imprudente répétition a fait 
plus d'une fois dégénérer les aphtes en ulcères 
gangreneux. Dans les angines catarrhalcs, si les 
vomitifs n'emportent pas ou ne diminuent pas 
notablement l'embarras et la douleur, il faut 
sans tarder appliquer un ample yésicatoire sur 
le devant de la gorge. J'ai souvent employé ce 
moyen , et je puis en garantir l'efficacité. Quand 
la disposition catarrhale est profonde , on trouve 
quelquefois dans la cloche élevée par l'action 
des cantharides une quantité considérable de 
flocons glaireux , semblables à ceux que pré- 
sente le pus incomplet fourni par les glandes 
en fonte et par les ulcères des scrofuleux : il 



9^ OBSERVATIONS 

est alors convenable d'entretenir la suppuration 
pendant deux ou trois jours ; mais hors ce cas , 
du moment que les cantharides ont produit 
3eur effet, on peut panser la plaie superficielle 
avec le cérat , et hâter immédiatement sa gué- 
rison. 

Lorsque dans le traitement des affections 
catarrhales de la poitrine on a lieu de croire 
qu'un rhumatisme déplacé les complique et les 
aggrave , il faut , si l'on ne juge pas la saignée 
nécessaire , se hâter d'appliquer le vésicatoire 
sur le point qu'occupe particulièrement la dou- 
leur ou l'oppression. Il est d'autant plus pres- 
sant de recourir à ce remède, que le malade 
est plus âgé ou d'une constitution plus faible : 
car s'il est jeune et fort , rarement peut-on se 
dispenser de la saignée ; et les applications ré- 
vulsives , telles que celles de la moutarde et 
des autres irritans , aux pieds , doivent presque 
toujours alors précéder l'emploi des moyens de 
dérivation. Je vais citer un exemple du pre- 
mier cas y parce qu'il présente une observation 
curieuse , également digne de l'attention des 
physiologistes et des praticiens. 



SUR LES CATARRHES, etC. 9I 

Dans l'hiver de i8o5 à i8o4> pendant Te- 
pidémie catarihale qui le termina , je fus ap- 
pelé pour un respectable vieillard , mon voisin 
à Auleuil. On me dit qu'il était dans le plus 
pressant danger : quoique je fusse malade moi- 
même, je me rendis chez lui sur-le-champ. Il 
avait eu , dans le précédent automne , une vive 
attaque de rhumatisme , et il en était incom- 
plètement guéri. Je savais cette circonstance. 
En approchant de son lit je le trouvai dans un 
état d'oppression extrême : il pouvait à peine 
articuler ; son visage était abattu ; et le calme 
mélancolique et recueilli de ses yeux m'an- 
nonça qu'il attendait tranquillement sa fin. Il 
me dit d'une voix entrecoupée qu'il avait un 
poids de mille livres sur la poitrine ; qu'il la 
sentait pressée comme dans un étau. Son pouls 
était intermittent , sa respiration devenait ster- 
toreuse , et faisait en sortant battre les ailes du 
nez. Je lui fis appliquer un immense vésicatoire 
sur la poitrine , et donner de petites doses de 
kermès dans une infusion de bouillon blanc. 
Le lendemain matin on me fit dire qu'il était 
beaucoup mieux , et qu'il avait dormi pour la 



9^ OBSERVATIONS 

première fois depuis plusieurs jours. Je n'en 
fus point étonné ; mais voici ce qui parut re- 
marquable au chirurgien qui le soignait con- 
jointement avec moi : en ouvrant la cloche du 
vésicatoire qui occupait presque toute la partie 
antérieure de la poitrine y il la trouva remplie 
d'une gelée tremblante, de la consistance et de 
la couleur de celle de corne de cerf , et par- 
faitement semblable à celle que les vésicatoires 
font transsuder quelquefois des articulations at- 
taquées de rhumatisme , ou de la cuisse et de 
la jambe dans Yischias Jieivosa ^ traitée suivant 
la méthode de Cotumnius. 

On rencontre quelquefois dans la pratique 
une espèce de disposition catarrhale de l'estomac 
qui mérite d'être observée et traitée avec beau- 
coup d'attention : elle est caractérisée par le 
vomissement d'une matière limpide et tenace , 
analogue à celle que les anciens ont décrite sous 
îe nom de pituite vitrée. Cette matière est plus 
pesante que les simples glaires y mais elle est 
plongée dans un fluide écumeux et léger. L'un 
et l'autre sont à -peu -près sans goût et sans 
odeur pour le malade ; ils n'ont pour l'obser- 



SUR LES CATillRHES, CtC. g") 

vateur que l'odeur du suc gastrique , qui sans 
doute s'y trouve mêlé en quantité plus ou moins 
considérable. La présence de cette humeur dans 
l'estomac y produit , non des douleurs vives , 
mais un pénible sentiment de pesanteur et de 
froid ; il est accompagné d une toux sèclie et 
légère , qui , par sa persistance , altère à la 
longue le poumon , et se termine par une véri- 
table pbthisie. Parvenue à ce terme ^ mon 
maître Dubrueil la traitait par des remèdes ap- 
propriés à son caractère primitif : il tenait le 
malade dans un état de nausée continuelle 
pendant plusieurs jours, au moyen de petites 
doses d'ipécacuanha fréquennnent répétées ; il 
le faisait ensuite vomir à plusieurs reprises , et 
complétait la curation par l'usage long-temps 
prolongé des eaux sulfureuses , et par l'exercice 
du cheval. Tel est le traitement par lequel il 
avait guéri plusieurs fois cette espèce particu- 
lière de pbthisie , déjà parvenue à son troisième 
période. Vraiseiïiblablement c'est la même que 
le charlatan cité par Gullen guérissait en Ecosse 
par l'emploi réitéré des vomitifs. 

Pour moi, je n'ai eu l'occasion de traiter que 



94 OBSERVATIONS 

la disposition catarrhale qui la prépare et là 
détermine^ et je l'ai fait par la même méthode, 
avec un entier succès. Mais comme cette dis- 
position est ordinairement très - opiniâtre , les 
malades ont été obligés de faire un Idng usage 
de bols où entrent l'ipécacuanha , la gomme 
ammoniaque , le baume sec du Pérou , et une 
petite quantité d'opium. 

Mon désir et mon intention formelle de 
rendre cet écrit très-court , comme l'annonce 
son titre , m'a forcé d'en présenter les vues 
d'une manière sommaire , et d'écarter, avec lé 
même soin qu'on pourrait mettre à les saisir, 
les développemens qui s'v présentent à chaque 
pas : je n'ai sur-tout fait qu'indiquer l'esprit des 
traitemens , et les remèdes particuliers qui m'ont 
paru y produire les effets les plus utiles et les 
plus sûrs , sans m'arrêter à tracer aucune de 
ces formules auxquelles le charlatanisme d'un 
côté et l'ignorance de l'autre attachent tant de 
prix. L'application de ces remèdes doit être 
toujours déterminée et dirigée par un médecin 
prudent. Selon moi , les ouvrages de pratique 
ne doivent être faits que pour les praticiens ; 



SUR LES CATARRHES , etc. C)5 

ceux qui ont pour oLjct de la motlre à la poi- 
tt'e de tous les lecteurs ont causé des maux 
infinis ; je n'en excepte pas même celui de 
Tissot. Les personnes qui n'ont aucune con- 
naissance de la médecine , et qui veulent se trai- 
ter elles-mêmes ou traiter les autres d'après des 
livres , auraient souvent sujet de déplorer leur 
dangereuse présomption si elles savaient toujours 
en reconnaître les effets. Ce sont particulière- 
ment les dames charitables ^ qui devraient bien 
se dispenser d'administrer aux pauvres et aux 
malades d'autres secours que ceux d'un meil- 
leur bouillon , d'une meilleure chambre , d'un 
meilleur lit. Le pauvre sain a besoin de travail ; 
malade, il a besoin d'être tenu plus chaude- 
ment , plus proprement , et soutenu par une 
nourriture plus restaurante et plus saine. Quand 
on ne peut pas leur procurer un médecin ha- 
bile y on doit , comme le dit Sydenham avec 
toute l'autorité de son nom, se borner à les ali- 
menter, et non prendre sur soi de les médi- 
camenier. 

Je n'entrerai donc point dans de plus grands 
détails sur le traitement des différens cas dont 



9^ 0BSER.VAT10NS 

j'ai parle ci-dessus : ce ne sont pas les for- 
mules qui manquent au praticien judicieux; ce 
sont les indications justes pour leur application 
dont il a souvent besoin. 

Voulant éviter 1^ répétition de ce qui se 
trouve par-tout dans les livres , il ne me reste 
maintenant qu'à indiquer le régime préserva- 
tif, qui me paraît convenir le mieux dans les 
dispositions catarrhales : c'est ce que je vais 
faire encore en peu de mots. 

Les dispositions catarrhales sont quelquefois 
héréditaires : on les voit se reproduire dans la 
même famille , et se caractériser par les mêmes 
phénomènes , jusqu'à la troisième et à la qua- 
ti4ème génération. Elles semblent en quelque 
sorte naturelles aux enfans : des digestions in- 
complètes engendrent cette grande quantité 
d'humeurs muqueuses dont tous leurs organes 
sont comme imbibés. Les vieillards sont tour- 
mentés de pituites gutturales , de rhumes et de 
fluxions : ils meurent souvent étouffés par des 
catarrhes aigus ou chroniques , dont ^ prin- 
cipe vivant n'a pas chez eux la force de cuire et 
d'évacuer la matière. Dans l'âge consistant, les 



SUR LES CATARRHES, ClC. 97 

tiispositions catarrbales dépendent ordinaire- 
ment delà faiblesse des digestions, de l'inertie 
de la bile , du défaut d'énergie , ou de l'irrégu- 
larité qui s'est introduite dans les fonctions de 
l'organe extérieur. Rien ne les produit aussi di- 
rectement et ne les entretient d'une manière 
aussi efficace que la répercussion fréquente de 
la transpiration insensible. 

Les dispositions catarrbales sont plus ou 
m.oins graves , suivant l'âge de l'individu, 
son tempérament et l'état de ses organes , 
sur -tout de ceux de la poitrine. Chez les 
enfans , la propreté , l'attention à tenir leurs 
berceaux et leurs lits bien secs , à ne point leur 
donner d'alimens visqueux , et de temps en 
temps quelques petites doses de sirop d'ipéca- 
cuanba et de quinquina, suffisent pour remé- 
dier à cette inertie glaireuse qui se manifeste 
dans leurs humeurs. Les rhumes les plus sim- 
ples des vieillards ont toujours besoin d'être 
attentivement surveillés. Dans l'âge consistant, 
les catarrhes, même les plus violens,ne devien- 
nent guère immédiatement dangereux que par 
leur complication avec des fièvres graves } mais 

, 7 



CjS O B s E E. V A T I O N s 

leurs suites n en sont pas moins souvent fu- 
nestes, par la nature des maladies qu'ils déter- 
minent et laissent après eux. 

Pour combattre utilement les dispositions 
calarrhales , il faut avant tout maintenir dans 
leur action naturelle les forces de l'estomac, 
et corriger les vices des digestions par les 
moyens appropriés aux diverses circonstances ; 
il faut soutenir la transpiration insensible , et 
solliciter presque habituellement l'action de 
l'organe cutané, soit par les gilets de flanelle, 
soit par des frictions sèches faites sur tout le 
corps 5 soit enfin par un exercice doux , ce qui 
vaut encore bien mieux. Les sujets faibles doi- 
vent avoir soin d'être sufîisamment vêtus, sur- 
tout aux approches et à la fin de l'hiver. Ils 
doivent se garantir particulièrement des froids 
humides. Sydenham avait bien raison de regar- 
der les froids de l'automne et du printemps 
comme très - pernicieux , et d'assurer que le 
glaive faisait périr moins de monde que la 
paresse à prendre, et sur-tout la précipitation à 
quitter, les habits d'hiver. Il est indispensable, 
mali^ré l'opinion de Jean-Jacques , de bien 



SUR LES CATARRHES, CtC QQ 

couvrir les enfans : on n'habitue jamais au 
froid ceux qui sont nés faibles , en les y expo- 
sant presque nus , comme je l'ai vu l'aire par 
quelques parens à idées systématiques ; et les 
enfans les plus forts ont eux-mêmes besoin 
d'être suffisamment couverts quand ils ne sont 
pas en mouvement. Dans l'éducation phvsicfue 
d'Emile, il y a d'excellentes choses : mais il y 
a des erreurs dangereuses que le respect juste- 
ment attaché au nom de l'auteur ne doit pas 
nous empêcher de relever. Je mettrais encore 
de ce nombre , son opinion sur l'usage de la 
viande et du vin, dont sans doute les enfans 
vigoureux peuvent se passer ; mais qui le plus 
souvent , et Je l'atteste après un nombre infini 
d'observations , tient lieu de tous les toniques 
les mieux indiqués. 11 est particulièrement utile 
chez la plupart des enfans plus faibles , soit 
pour hâter le développement de leurs forces 
naissantes et modérer leur excessive mobilité , 
soit pour retarder l'explosion précoce et funeste 
de leurs facultés intellectuelle^ et morales, qu'il 
faut s'efforcer de retenir dans l'enfance, jus- 
qu'au temps de leur véritable maturité. 



7- 



lOO OBSERVATIONS 

On connaît l'influence qu'exercent les uns 
sur les autres les organes de la génération et 
ceux de la poitrine ; c'est dans le temps de la 
plus grande activité des uns, que les autres 
sont le plus exposés à certaines maladies par- 
ticulières y et que ces maladies sont le plus 
dangereuses. Dans la jeunesse , la phthisie 
pulmonaire , c'est-à-dire plusieurs de ses varié- 
tés , sont bien plus menaçantes y et leur cours 
est bien plus rapide qu'à aucune autre époque 
de la vie. 

D'un autre coté , le système lymphatique 
exerce sur le système pulmonaire une action 
très -étendue et très -marquée. Les affections 
des glandes influent toujours plus ou moins sui; 
celles du poumon ; et dans les derniers temps 
. de la phthisie , l'état de fonte du poumon se 
fait ressentir au système glandulaire, jusqu'au 
point d'occasionner quelquefois de vrais bu- 
bons y sans qu'il y ait eu précédemment aucun 
symptôme vénérien. 

Ainsi donc y c'est dans la jeunesse ; c'est aussi 
lorsque le système lymphatique ou glandulaire 
présente des signes d'affaiblissement dans ses 



SUR LES CATARRHES, CtC. 10 1 

fonctions; c'est sur-tout lorsque cet affaiblis- 
ment se manifeste par des éruptions suscepti- 
bles d'être facilement répercutées , qu'il faut 
surveiller attentivement les dispositions catar- 
rliales chroniques ; car si leur durée et la ré- 
pétition des rhumes altèrent infailliblement les 
forces du poumon et précipitent la mort chez 
les vieillards, elles peuvent à chaque instant, 
et d'une manière très-rapide , se transformer 
en phthisie chez les jeunes gens. L'usage des 
eaux sulfureuses et l'exercice du cheval sont 
les moyens les plus efficaces de prévenir ce fu- 
neste changement. On peut aussi quelquefois 
employer des fondans doux , pour évacuer les 
glaires de l'estomac , ranimer la transpiration , 
et hâter la coction des rhumes légers ; mais , 
je le répète , la sobriété , dans ce cas, comme 
dans beaucoup d'autres , est une précaution 
qui remplit souvent toutes les vues , et sans 
laquelle on emploierait envain les remèdes les 
plus puissans. 

Les praticiens observent que la pthtisie la- 
ryngée ou trachéale , si rare autrefois que la 
première description exacte en a été faite par 



10:2 OBSERVATIONS 

Morgagni ( i ) , est maintenant très-comiximie^ 
€t le devient chaque jour de plus en plus. Je 
ne fais pas difficulté de l'attribuer à Fauda- 
cieuse imprudence avec laquelle les charlatans 
et les médicastres emploient les préparations 
inercurielles salines , sur-tout celle qui porte le 
nom de sublimé corrosif ( muriate suroxigéné 
de mercure). D'ailleurs, cette maladie étant 
contagieuse y même dans les premiers temps , 
elle doit se propager avec une promptitude et 
une facilité funestes, dont il est inutile d'expli- 
quer les raisons. 

Bien loin que la phthisie trachéale soit parti- 
culièrement propre à la jeunesse, comme plu- 
sieurs autres espèces de consomption pulmo- 
naire, il paraît au contraire qu'elle attaque plus 
fréquemment les personnes d'un âge mur ; et 
qu'elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle 
parcourt d'autant plus rapidement ses, pério- 
des, que le malade est plus avancé en âge. En 
général, cependant , elle s'annonce long-temps 
d'avance , et sa marche est tardive ; quelques- 

(i) Il paraît néanmoins qu'elle a e'te' connue des anciens y. 
notamment d'Hippocrate et d'Aëtius. 



SUR LES CATARRHES , etc. lo5 

uns même de ses symptômes , tel que l'altéra- 
lion de la voix et les aphtes, qui ne se montrent 
que dans les derniers temps des autres phthisies , 
la précèdent d'un intervalle de temps assez 
long pour qu'on puisse la prévenir, ou du 
moins la combattre avec succès. Mais elle est 
sujette à des rechutes; et il est assez rare qu'on 
la guérisse radicalement. J'ai connu un vieillard 
de quatre*- vingt -dix ans, qui, dans le cours 
de sa vie , en avait eu plusieurs attaques mena- 
çantes , et qui toujours en avait arrêté les 
progrès par le seul emploi de la fleur de soufre. 
Il usait souvent de ce remède dans sa dernière 
vieillesse , par une sorte de reconnaissance ; et 
pour combattre la disposition catarrhale qui lui 
en était restée , il alternait ce remède , tantôt 
avec l'opium, et tantôt avec le quinquina. L'o- 
pium, à dose faible, prévenait les assoupissemens 
profonds auxquels il était sujet et qu'il regardait 
comme dangereux. J'ai fait depuis la même 
remarque sur d'autres vieillards : la transpira- 
tion se répercute facilement chez eux; et leurs 
habitudes catarrhales empêchent que l'organe 
extérieur ne conserve, dans ce déclin des forces 



Ï04 OBSERVATIONS 

internes , son énergie et son activité. Or, le 
dérangement des fonctions de cet organe porte 
en général au sommeil, comme si la natm^e , 
par un calcul sage, provoquait alors à dessein 
celle de ses fonctions qui ramollit directement 
la peau et ramène au-dehors les mouvemens 
concentrés vers l'intérieur. Les assoupissemens 
des vieillards tiennent donc fréquemment à des 
répercussions subites , ou à des vices de la trans- 
piration ; et l'opium reveille alors l'individu en 
le ranimant : ce qui du reste n'a point de rap- 
port avec le trait souvent cité de Rivière ; cat* 
ce médecin ne réveilla son malade , au moyen 
de l'opium , que parce que le remède opéra 
comme fébrifuge, et coupa l'accès d'une fièvre 
pernicieuse qui causait l'assoupissement. 

Morgagni conseillait, dans les menaces de 
phtliisie trachéale ou laryngée, de garder la 
chambre , d'y respirer constamment des vapeurs 
balsamiques , et d'user à l'intérieur de pastilles 
composées avec les baumes qu'il faisait dis- 
soudre et empâter dans quelque matière mu- 
cilagineuse. Les fumigations et l'usage interne 
des baumes sont très-utiles alors : mais il n'en 



SUR LES CATARRHES, CtC. loS 

est pas de même de la privation d'exercice et 
d'air frais; elle y est au contraire fort nuisible. 
Ce qui m'a constamment réussi le mieux dans 
le traitement de cette maladie , c'est ( outre 
l'emploi des balsamiques sous différentes for- 
mes ) l'application d'un vésicatoire volant à la 
partie antérieure du cou , les sucs des plantes 
crucifères ou tétradynames , les eaux sulfu- 
reuses, et l'exercice du cheval. 

Les aphtes sont une maladie propre aux mem- 
branes muqueuses (i); ils accompagnent plu- 
sieurs de celles dont nous venons de parler , 
mais ils n'exigent de soins particuliers que lors 
qu'ils sont ou menacent de devenir gangreneux. 
En général, ils suivent le sort de la maladie 
principale dont ils dépendent : ils sont quelque- 

(i) Les aphtes paraissent être une de'ge'ne'ration particulière 
du tissu de ces membranes : ils ne sont dangereux par eux- 
mêmes que lorsqu'ils sont nombreux et serre's. Alors ils inter- 
rompent quelquefois toutes les fonctions digestives, et de'ge'nè- 
rent par l'affaiblissement de l'individu. On les traitait autrefois, 
ainsi que les maux de gorge , dont ils sont si souvent une com- 
plication , par la me'thode astringente et re'percussive. Cette 
me'thode est en ge'néral suspecte, et plus d'une fois elle a pro- 
duit les effets les plus fâcheux. Sebastianus Nasius , cite par 
Barthez^ en rapporte un exemple frappant. 

8 



Ï06 OBSERVATIONS StlR L'ES CATARRHES, etc, 

fois le symptôme dominant d'une jEièvre très- 
dangereuse. (Voyez les dissertations deRettelaër 
et de M. Auvity sur ce mjet. ) 

On s'attend peut-être à trouver ici quelques 
remarques sur l'asthme et sur le catarrhe suf- 
foquant ou férin , mais ni l'un ni l'autre n'ap- 
partient aux affections catarrhalcs : l'un par 
son caractère périodique , et tous deux par leur 
nature convulsive, doivent être rapportés aux 
maladies de l'organe nerveux. Pour dire des 
choses un peu satisfaisantes sur cette matière, 
il faudrait entrer dans un nouveau système 
d'idées ; il faudrait sur-tout pouvoir le faire 
avec quelque étendue : et j'ai déjà passé les 
bornes que je m'étais imposées en commen- 
çant cet écrit. 

Je le termine donc , en faisant de sincères vœux 
pour que sa lecture puisse être de quelque utilité. 
Au milieu de tant de livres qui glacent d'effroi 
les plus intrépides lecteurs , ce but est le seul 
qui puisse faire prendre encore la plume à un 
homme sensé : et quand on n'a , comme moi, que 
peu à dire , on doit le faire en peu de mots, 

F I N. 



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